Ellar Coltrane – qui n’a à priori aucun lien de parenté avec John Coltrane – est engagé à l’âge de 6 ans, en 2002, pour incarner pendant 12 ans Mason Evans Jr. Mason est un mioche vivant avec sa sœur (Lorelei Linklater, fille du réalisateur) et sa mère (Patricia Arquette). Il ne connaît initialement pas papa (Ethan Hawke), qui est trop occupé à se souler dans des bars avec ses potes. Schéma familial tout à fait classique de nos jours donc. J’ai vite fait d’évacuer l’histoire de mon esprit, mais grosso-modo une jeune femme rencontre un jeune homme, ils font des mômes, elle s’aperçoit que Monsieur n’est pas ce qu’elle aurait voulu, et doit assumer seule sa bêtise. Tellement original. Heureusement, Hawke représente bien à l’écran les imperfections de l’homme.
Pendant 12 ans donc, Richard Linklater a filmé cette fausse famille, ses faux déménagements, ses fausses disputes, ses faux moments de joie, etc. A ce compte, j’aurai préféré un documentaire. Avec un peu de chance, ç’aurait été moins faux et caricatural et ennuyeux. J’omets bien entendu le vieillissement naturel des acteurs. Tout compte fait, je suis injuste. Puisqu’au final, la vie n’est-elle pas une caricature en elle-même ? On pense vivre des moments uniques alors que des centaines d’autres ont vécu des expériences similaires avant nous et le ferons après nous. En ce sens, Boyhood est assez déprimant de réalité.
Se déroule sous nos yeux pendant presque trois heures une peinture de la banalité de la vie d’un jeune adolescent états-unien. Et le résultat m’apparaît comme une contemplation nombriliste bourgeoise. Pour tout le brouhaha que Boyhood a provoqué dans le monde cinématographique, je n’ai vu qu’une personne ballotée par les décisions d’adultes avant d’en devenir un lui-même. En passant, il aura connu drogues et premiers amours. Notamment, comme papa, l’alcool, ce grand fléau.
Certes, en grattant, on peut voir un propos non dénué de sens. Pour autant, Boyhood ne va pas au-delà de son concept de filmer sur la durée. Coincé entre le faux documentaire et le drame, le côté artistique peine à s’incruster. Ainsi, j’ai tenté de me rabattre sur le côté émotionnel. Objectivement, il est assez déconcertant de voir avec quelle aisance, quelques simples « pyjama parties » en off entre les acteurs, Linklater est parvenu à simuler des liens familiaux. Probablement est-ce un facteur ayant causé cet aigrissement, ce rejet de Boyhood que j’éprouve.
Et parce que ça vous passionne que je parle de moi, je vais vous faire une confession. Je ne me suis reconnu à aucun moment dans aucun des personnages. Quand on part du fait que l’identification à un personnage est la clef de la plupart des œuvres aussi bien sur papier qu’à l’écran, c’est problématique. Je pourrai m’en targuer en prétendant être unique, qu’aucun n’autre n’a connu une enfance et adolescence bien sage comme la mienne. Sauf que c’est un mensonge, j’ai passé des heures entières à persécuter des insectes. Et à en tirer un plaisir sadique.
Voyez, je pourrai commander une reconstitution de ce récit à Linklater. On pimenterait le tout de quelques disputes avec les filles du secteur autour de la balançoire ou d’une partie de billes ou que sais-je. La différence avec son Boyhood serait que les termes insipide et vide ne s’appliqueraient pas seulement à la réalisation, mais aussi à l’idée de départ.
Si vous souhaitez visionner une œuvre sur l’enfance et/ou l’adolescence, dirigez-vous plutôt Mud de Jeff Nichols, Låt den rätte komma in (Morse) de Tomas Alfredson ou encore Beasts of the Southern Wild de Benh Zeitlin. Diable, dans le genre plus fun, vous avez Moonrise Kingdom de Wes Anderson et Little Miss Sunshine de Jonathan Dayton et Valerie Faris. Mais par pitié, cette fois-ci, ne vous laissez pas tromper par ce qui brille, en apparence. C’est agaçant à force.