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Tremblement d’éther

Avis sur Cabiria

Avatar guyness
Critique publiée par le

On peut tourner le truc dans tous les sens, il n’y a presque que des bonnes raisons de découvrir Cabiria. A l’instar des formations militaires romaines, les motifs pour y plonger sont légions.

Faire son original

D’abord parce qu’il s’agit de la toute première superproduction de l’histoire du cinéma.
Si si.
Griffith fut si impressionné qu’il se décida à lancer Intolérance juste après l’avoir vu, projet pour lequel il convoqua de nombreux techniciens italiens, ce qui inspira un autre (attention, référence à tiroir) film aux frères Taviani.
L’idée de découper son intrigue en épisodes pour ne jamais faire retomber la tension (les producteurs de films ou séries du 21ème siècle n’ont bien sûr rien inventé) contribue à en faire un des premiers vrais longs-métrages de l’époque.
Ce n’est donc rien de moins que le primo blockbusterro del mundo auquel on vous convie ici, ce qui en impose sacrément, moi je trouve.
Edifiant.

Admiration d’origine contrôlée

Et ce n’est pas tout, vous vous en doutez bien.
Une curieuse impression de modernité, au-delà de l’aspect stupéfiant de la plupart de ses décors, transpire de chaque plan. Et ce pour une raison simple. De nombreux spécialistes du cinéma se sont penchés sur la question, et leur conclusion semble unanime et formelle : on assiste bien avec ce film à l’invention des travellings. Attention, pas encore avec la technique utilisée par la suite consistant à placer les caméras sur des rails, non. Mais simplement en ajoutant de petites roulettes sous les trépieds.
Décoiffant.

Muchacho macho le Maciste ?

Et puis bon, choux à la crème sur la pièce montée, le film est enfin, à travers la galerie de ses personnages hauts en couleurs (malgré son noir et blanc: Hannibal avec ses éléphants traversant les Alpes, Archimède en inventeur fou, Scipion en général intraitable) et ses scènes mémorables (le sacrifice de pleines pelletées de gamins au dieu Moloch représenté en statue géante et flambante, on oserait encore aujourd’hui, vous croyez ?) celui qui donne naissance à l’impérissable personnage de Maciste, qui réapparaitra une bonne cinquantaine de fois à l’écran par la suite.
Emoustillant.

Dernier détail piquant. Cabiria est le nom de l’héroïne qui, ayant survécu enfant à une éruption de l’Etna, sera vendue à Carthage comme esclave, échappera aux sacrifices évoqués plus haut et traversera les guerres puniques sans blessure.
Et pourtant, c’est sans doute le personnage que l’on voit le moins à l’écran.
Succulent.

Who you gonna call blockbuster ?

Le blockbuster (résultat ici de 2 ans de pré-production) a donc 101 ans, au moment où j’écris ces lignes.
Vous pourriez me trouver bien enthousiaste pour un genre que je ne chéris pas particulièrement depuis quelques années. Vous pourriez aussi me rappeler à quel point je ne porte pas toujours les italiens dans mon cœur.
Je ne pourrais vous donner tort sur tous ces points. Pourtant, la fascination pure est là.

Je pourrais vous raconter pendant un bon moment d’autres anecdotes autour du film, vous parler de la place de Turin au début du siècle dernier dans la production artistique en Italie, de l’apport limité mais réel de Gabrielle D’Annunzio (poète grandiloquent en vogue dans les années 1900) sur le destin du film, qui servit plus de prête-nom qu’autre chose, ou des multiples vocations que provoqua le film (en plus de celle, célèbre, évoquée en début de causerie).
Je pourrais, mais tout ceci ne donnerait nullement la mesure du plaisir que ressent forcément l’amoureux de cinéma au moment de plonger dans ce péplum doublement antique.
Le film s’ouvre sur un tremblement de terre. Pourtant, ce sont bien les cieux cinématographiques qui n’ont cessé de tressaillir depuis.
Enivrant.

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