Le courage de l'enfance

Avis sur Capharnaüm

Avatar Meltina
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Honnêtement j'ai eu la chance de voir ce film dans sa langue d'origine, et étant culturellement proche des acteurs m'a permit d'appréhender la sonorité poétique des dialogues en libanais.
Il y a des réalités que tous les orientaux partagent, dont ce besoin de faire des gosses comme une garantie d'une viellesse dorée; que la progéniture soit d'accord ou pas; qu'on appartienne à des familles aisées ou dans l'extrême pauvreté, le principe reste le même: 90 % d'entre nous, nous sommes ce que nous appelons en jargon simple: des accidents, enfin pas vraiment souhaités mais comme nous sommes là...autant amortir!
Ce qui me choque dans ce qui se passe dans ce pays est l'ambivalence entre accueillir des réfugiés et les traiter comme des parias, d'où la symbolique peut être du super héros à l'effigie du cafard.
Entre l'esclavagisme, les milliers voir des millions de personnes sans aucune existence sociale. Né et vivant en apartheid alors qu'ils parlent la même langue, pratique le même culte religieux (musulman, chrétien..) et pourtant bafoués dans ce qu'ils ont de plus précieux, d'abord leur enfance puisqu'on voit pleins de gamins trimer toute la journée sans voir aucun officiel s'insurger ou penser qu'il ya une quelconque lois les protègeant.
La situation des petites filles est la pire et dire que ça se passe au Liban pas en Afghanistan. Vendue ou mariée, morte dans les couches à 11 ans et si elles survivent à leurs premières grossesses, une femme peut avoir facilement dans les 20 gosses et son corps et coeur flétri n'a pas le temps d'en aimer un en particulier.
Comment ne pas comprendre le procès qu'intente Zaïn?! On a envie de leur hurler aussi : arrêter de faire des victimes.
Il y a tant à dire sur ce film comme la générosité dont fait preuve Rahil, une si bonne mère malgré sa situation. La pitié en action des personnes qui croisent le chemin de Zaïn...
Cette incroyable misère dans un pays comme le Liban!
J'ai remarqué aussi que le film est comme sans couleur, sans soleil, sans nuit...d'éternelle matinée qui recommencent car la faim n'attend pas pour être rassasiée.
Pour autant, il y a des touches d'humour avec ces deux vieux et leur dialogue qui fait même marrer l'actrice qui joue Rahil.
Si les larmes ne cessent de perler tout au long du film, pour moi, le passage le plus douloureux c'est quand Zaïn répond au juge sur la raison de sa présence, il a les sanglots dans la gorge quand il déclare: ils m'ont mis au monde, en fait la traduction exacte du mot utilisé en arabe est: ils m'ont laissé derrière eux, comme un héritier, une descendance. Je n'ai pas l'impression qu'il sur jouait, bien au contraire j'ai eu le sentiment qu'il pensait ses mots.
A voir et à revoir si nous n'avons pas peur d'affronter la réalité toute nue. Une bonne leçon de résilience en prime!

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