La vie, la mort, l'amour et le temps. Les nuages, la musique et le cinéma.

Avis sur Cloud Atlas

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Cloud Atlas. En bon françois, ça donnerait "Cartographie des nuages". C'est sacrément classe certes, mais qu'est ce que ça veut dire ? Cartographier, c'est dessiner les contours mais admettre leur nature éphémère. Des lignes qui ont la prétention de définir notre espace et notre monde le temps qu'elles nous servent avant que les années fassent leur œuvre et que les territoires soient repoussés, les horizons atteints. Les nuages du titre prennent alors tout leurs sens : ne sont ils pas l'incarnation parfaite du temps qui passent ? Un moment suspendu, une ombre jeté sur les hommes aussitôt remplacée par une autre, déversant sa pluie sur nous, nous privant d'une part du ciel pour mieux nous rappeler à notre finitude et notre mortalité ?... T'as l'impression que je pars un peu loin ? Attends la suite.
Comprenez qu'il va être très compliqué pour l'auteur de ces mots d'être extrêmement clair où objectif : Cloud Atlas est sa bible (parler de soi à la troisième personne : pompeux...) Cloud Atlas est son coup de cœur, son DVD sous le sapin reçu par hasard "Avec ton abonnement". Le petit bijou de curiosité qu'il a un soir posé dans le lecteur avant de partir en transe pour 2h44 de poésie visuelle et de mélodie virtuose. Il n'est jamais redescendu de son... nuage.
De quoi parle Cloud Atlas ? D'Adam Hewing, jeune commerçant d'esclaves qui un jour, apprend la présence de l'un d'eux sur le navire de son retour d'Amérique. Mais aussi de Robert Frobisher, prodige du piano déshérité transfuge de Cambridge en quête de reconnaissance parti composer sa symphonie parfaite auprès d'un compositeur aigri. Mais également de la reporter Louisa Rey, l'esprit embrumé par le récent meurtre d'un éminent scientifique chef de projet du réacteur nucléaire nouvellement installé aux abords de la métropole de San Francisco. De Timothy Cavendish et de son épouvantable calvaire dans une maison de retraite de la campagne anglaise des plus oppressante. De la facter Somni 451, bouleversé dans son quotidien de serveuse à Neo Seoul lorsqu'une autre androïde, Yhuna 939, vole une projecteur de film. Et des aventures de Zachry, qui voit dbarquer les prescients plein d'savance su sa vallée dans leurs gands vaisseaux blancs. De tous et d'aucun, Cloud Atlas parle moins qu'il déroule patiemment leurs histoires au travers d'intrigue savamment écrites pour un résultat hors normes, unique, transcendant et bouleversant comme aucune autre œuvre filmique.
En effet, le film jongle avec absolument tout les genres que chacun de ses six récits répartis dans le temps et l'espace lui offrent : la reconstitution historique, le mélo post Première guerre, le polar des 70s, la screwball comedy pétillante, la dystopie prophétique "à la Blade Runner" et le récit post apocalyptique comme un retour aux racines de l'homme sauvage. Oui, si on cite chaque qualité de chaque arcs, on en a pour un bon moment. Mais chacun mérite des éloges : jouissant de prestations d'acteurs saisissantes (aucune acteur du cast en reste, les plus impériaux étant l'indétrônable Tom Hanks, le déjanté Hugo Weaving et le foutraque Jim Broadbent, bien que le tout jeune Ben Wishaw leur tienne la dragée haute avec son seul personnage de Robert Frobisher), chaque univers possède des codes visuels marqués, des dialogues d'époques parfaitement étudiés, des décors, costumes et populations réalistes pour offrir des univers de cinéma aussi variés que cohérents. La musique n'est pas en reste avec ni plus ni moins qu'une des plus belles bande originale de l'Histoire (rappelez vous, objectivité, toussa...) Tour à tour mélancolique où épique, les cordes vives et les cuivres grandioses vous arracheront des larmes à chaque notes.
Le fond n'a rien a envier à la forme : la diversité de ses récits offre la possibilité à Cloud Atlas de traiter sans détour de sujet frontaux et de leur impact universels et intemporels : l'esclavage direct lors des périls d'Hewing où plus baroque lors des relations répulsives et fusionnelles du vieux compositeur et du jeune pianiste. La manipulation des grandes arcanes et l'argent tout puissant qui provoquent un complot d'envergure contre Louisa où pousse Neo Seoul à sa perte. Les vagabondages d'esprit de Cavendish qui l'enfonce dans la mouise en parallèle aux superstitions de Zachry qui le tordent de peur... Les sujets sont multiples, comme les manières de l'aborder et aucun ne reste à l'état de piste : les Wachowski et leur acolyte Tom Tykwer, dans leur grand amour du romanesque, enchaînent les tragédies d'une époque à l'autre pour amplifier le drame jusqu'à l'émotion sincère, sans tire larme abusif, confer de nombreuses voix off tantôt douces tantôt pitoyable, toutes écrites de la plume d'un maître (certainement présentes dans le livre que le long métrage adapte). Tour à tour politique, sensoriel (la pluie de porcelaine lors du retour de Frobisher à Cambridge, magique), social, sentimental et provocateur, Cloud Atlas impressionne par son jeu de mauvais goût assumé (violence froide, gros violons, nombreux morts, retournement de situations, trahisons et tout le tintouin) qui danse gracieusement avec la plus grande aisance au bras de la minutie qui caractérise les œuvres parfaites en tout point.
Sauf que c'est presque trop facile : en posant tant d'arguments sur la table, comment Cloud Atlas pourrait-il être un échec ? Son foisonnement n'est-il pas un garde fou pour éviter toute prise de risque pour que chacun y trouve son compte ?
Voilà l'atout clé du film, ce qui fait de Cloud Atlas plus qu'un excellent film mais un véritable chef d'œuvre que seul le 7ème art peut offrir.
Car le film est une lettre d'amour ultime à son médium, le cinéma, et lui dédie ses 2h44 à célébrer ce qui fait sa force : le public.
Et après tout, si ce n'était que six histoires sans aucun lien ? Quel importance qu'une tâche de naissance se ressemble vaguement d'une génération à l'autre ? Seulement voilà : au delà des raccords évidents (le discours de Somni interprétés comme un texte religieux par la tribu de Zachry, le journal d'Hewing lecture de chevet de Frobisher...), le film parsème les indices visuels et les tirades lourdes de sens, résonnant d'une époque à l'autre (du futur au passé même).
C'est alors la soif de storytelling du spectateur qui rend palpable la fibre métaphysique de cette histoire surpuissante : "Sachons que notre vie n'est pas la notre. Du berceau au tombeau, nous sommes liés les uns aux autres. Dans le passé et le présent. Et par chacun de nos crimes et chacune de nos attentions, nous enfantons notre avenir." déclame l'androïde artificielle. Au public alors de mesurer le vertige humain qu'est ce morceau de cinéma : la puissance de nos actes, leurs résonnances et leurs conséquences qui nous échappent, la somme d'expérience et d'ancestraux apprentissages que nous sommes... Ne serions nous pas au final unique, un ? Ne serions nous pas non pas des nuages mais le ciel lui même ? Des lignes d'une carte en constante métamorphose au gré du temps ? Et cela par quel force ? Le seul, l'unique, le gnagnan et pourtant si vrai : l'amour, matrice de nos agissements et de nos choix. Moteur de nos décisions, aussi infimes que grandioses.
Le public est porté avec la plus grande minutie à se faire sa propre réponse.
Cloud Atlas n'est pas intellectuel où bêtifiant. C'est un monceau d'aventure accessible et sentimental, mais extrêmement riche comme aucun autre, laissant à son public le degré d'implication métaphysique. L'odyssée ultime de l'humain : l'aboutissement des techniques et des réflexions du passé, lui même somme d'influences digérés par ses auteurs pour proposer une note de plus à la symphonie du temps et de l'amour qu'est le cinéma. Une longue critique valant moins qu'une citation bien classe (mais un peu longue) :
"Hier encore, ma vie suivait un cap déterminé. Aujourd'hui, ce cap a changé. Hier encore, je me serais cru incapable de faire ce que j'ai fait aujourd'hui. Ces forces qui souvent redessinent l'espace et le temps, qui façonnent et altèrent tout ce que nous croyons être, commencent bien avant notre naissance et perdurent longtemps après notre mort. Nos vies, nos décisions, comme des trajectoires quantiques, ne se comprennent que dans l'instant. Chaque point d'intersection, chaque rencontre, suggère une nouvelle direction potentielle. Post scriptum : Je suis amoureux de Louisa Rey."

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