Le café à la carafe

Avis sur Coffee and Cigarettes

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  • Hey Tom ! Je suis là !
  • Ah, salut ! Je ne te trouvais pas.
  • T’inquiète… assieds-toi donc. Je t’ai commandé du café, j’espère que ça te va.
  • Nickel.
  • Cool… j’ai vu un film hier, avec un mec qui te ressemblait.
  • Ah ouais ?
  • Ouaip. J’arrête pas d’y penser. Ça s’appelle « Coffee and cigarettes ».
  • C'était bien ?
  • Ouais, je lui ai mis 7. Comme Sharknado. En voyant le titre, je me suis dit « cool ! Ça va sûrement être genre des discussions de café autour d’une tasse. Des petits moments de pause où les gens prennent le temps de discuter ».
  • Et alors ?
  • Bah c’était carrément ça. C’était sympa. Des fois, les discussions, elles décollaient. Des fois, elles tournaient en rond. Et c’était toujours agréable. Pas besoin de se prendre la tête pour être bien tu vois. Et puis c’est marrant le décalage entre les… Putain, on crame ici. Attends, je vais ouvrir la fenêtre... ça va le courant d’air là ?… Ok, cool… Je te prends un truc au bar au passage ? Une touillette ? Ok… bon… où j’en étais ?… Ah oui. Tu vois, c’est marrant de voir que les personnages n’ont pas toujours les mêmes attentes envers une même discussion. Par exemple, toi là, t’avais pas forcément prévu que je te parle d’un film direct. Je t’agresse limite avec ça parce que moi j’y ai pensé toute la nuit et que c’est devenu important pour moi. Il y a un petit décalage au niveau de l’enthousiasme.
  • Oh, moi tu sais, tant que j’ai des clopes et du café…
  • Exactement ! C’est exactement à ça que j’ai pensé toute la nuit. J’ai commencé à me demander dans quelle mesure les à-cotés d’une rencontre motivaient la rencontre elle-même, c’est-à-dire…
  • tu veux une clope ?
  • Ah ouais, merci… t’as du feu ?
  • Ouais, tiens.
  • … Putain, avec le café c’est vraiment top. C’est tellement complémentaire que s’en est déroutant.
  • Ouais, comme les omelettes et les champignons.
  • Ouais grave, c’est le genre de truc qui me donne envie de croire en Dieu… bref, je sais plus où j’en étais… En gros, si je devais filmer notre discussion, je ferais comme Jim Jarmush, le réalisateur…
  • Connais pas.
  • Je le connais pas trop non plus. J’ai vu peu de truc de lui… Il ressemble aux frères Bogdanov.
  • Ok.
  • Bref, je ferais comme lui. J’utiliserais un plan fixe large qui nous englobe toi, moi et la table. Et puis, deux plan fixe sur chaque visage. Histoire de bien montrer que les interlocuteurs sont fixés dans l’espace. Qu’en s’asseyant, ils se sont engagés à tenir la discussion. Et ils parlent… Certains s’impliquent, d’autres sont plus passif. Des fois ça colle nickel, des fois ça grince un peu. Et de temps en temps, je ferai un gros plan vu du dessus sur la table avec des tasses de café et des cigarettes qui traînent. Pour rappeler que le café et les cigarettes sont aussi là pour servir de carburant à la discussion, voir même de filet, dans le cas d’un décalage trop important, d'un malaise. Peut-être même qu’au-delà d’un filet, c’est carrément une carotte. Que certains personnages se sont juste pointés pour…
  • ouais, OK. Je vois l’idée. Mais tu vois, quand tu parlais de décalage et de filet... Je vais m'allumer une nouvelle clope là. Et pourtant, j'ai encore la gerbe de la précédente.
  • Oh, je vois…
  • Ouais.
  • Si je peux juste finir sur un truc…
  • Attends… t’en veux une ?
  • Ouais, merci… elles sont très bonnes d’ailleurs.
  • Merci.
  • Ce que je voulais dire, finalement, c’est que cette idée est appuyée par cette débauche de célébrités au casting. Il fait même la démarche d’impliquer des Guests légendaires, a priori extérieures au cinéma. Je me demande si c’est pas une caricature de la fonction carotte de l’acteur star, sa fonction carotte pour le box-office. Le pire c’est qu’ils se reconnaissent les uns les autres. Il y a une scène où les Wu-Tang reconnaissent Bill Murray en train de servir du café. C’est très drôle. Ils lui demandent ce qu’il fait ici, habillé comme ça. On s’attend presque à ce qu’il réponde « je sais, c’est n’importe quoi. Mais c’est pour le bien du film ». L’aura charismatique de l’acteur qui a de la gueule est mise en avant tu vois, comme la fonction parfois sous-estimée du café et de la clope lors d’un rendez-vous au bar. Et quand on connaît l’ironie de Bill Murray, son cynisme qui a tendance à passer tous les sujets à la moulinette, on se marre en le voyant se gaver de café directement à la carafe, jusqu’à la paralysie faciale, comme si c’était le seul moyen qu’il trouvait de réduire son décalage.
  • Oh, merde… j’ai oublié de te dire. J’ai un truc. Un truc de boulot. Je peux pas le rater…
  • C’est un concert ?
  • Ouais, c’est ça. Il a été avancé. Je dois y aller.
  • OK, OK. Vas-y, je m’occupe de la note.
  • Super, merci. C’était un plaisir de te revoir Iggy. On se refait ça…
  • Quand ?
  • … Je t’appelle. À plus tard l’iguane. Rock ‘n’ roll.
  • Rock ‘n’ roll.
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