"Le gars qu'on croise et qu'on n'regarde pas."

Avis sur Dogman

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Rien que pour l'incroyable Marcello Fonte et sa trogne bouleversante, toute d'expressivité rentrée, son "magnifique visage antique" (a écrit Garrone), il faut voir le film. Je n'ai cessé de penser au Gainsbourg, poinçonneur des Lilas, le gars qu'on croise et qu'on n' regarde pas. Marcello (c'est aussi le prénom de son personnage), c'est le Dogman d'une station balnéaire crasseuse du fin fond de l'Italie, le toiletteur pour chiens, dealer à la sauvette pour joindre les deux bouts. Un homme un peu simple, tellement gentil, tellement toutou fidèle et bâtard à l'oeil humide, qu'on en a mal au ventre de le voir entraîné dans de sales coups et rossé en silence par la crapule du coin, Simoné, brute épaisse sans cervelle, molosse monstrueux (incroyable Edoardo Pesce) que la police est incapable de soumettre à la loi. Dès la scène d'ouverture à froid où Marcello tente de laver un gros chien hargneux à deux doigts de lui arracher une main, on comprend qu'il va déguster. L'auteur de "Gomorra" file la métaphore canine jusqu'au bout pour traquer la bête humaine, la bestialité tapie en chacun de nous, y compris chez les plus faibles. C'est une humanité sans espoir, primitive et violente, que peint Garrone, dans une Italie des laissés pour compte, où le plus fort fait sa loi, où l'on trahit, où l'on se venge férocement. Qui est le chien ? Qui est l'homme ? Marcello apprendra à ses dépens qu'il vaut mieux vivre avec les chiens qu'avec les hommes, que les premiers sont plus affectueux et reconnaissants que les seconds. Il est question d'ubris, de colère, d'injustice, d'impuissance et de catharsis dans ce huis-clos grisâtre et étouffant, à l'horizon barré d'un ciel orageux prêt à fondre. Une station balnéaire où l'on ne voit jamais la mer (sauf à la fin).
L'autre prouesse du film, c'est en effet le choix du lieu. Une sorte d'amphithéâtre antique en ruines, une scène fermée et tragique dont on devine les coulisses. C'est la Porte des enfers de Dante, telle que se la figure Laurent Gaudé, quelque-part dans les bas-fonds de Naples. Une Italie fantasmée et sordide, dont le forum désolé ferait aussi un bon décor de western italien. Des scènes de toilettage de concours pour caniches, une assiette de pâtes que le maître et son chien se partagent sont le pendant d'une séquence très forte où Marcé met Simoné en cage. Un film qui m'a beaucoup remuée et dont le fil narratif réserve de l'inattendu. La scène finale, où Marcello, la bave aux lèvres, appelle ses "amis" pour leur apporter son os chèrement gagné, est terrible.

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