Sous le plus grand chapiteau du monde

Avis sur Dumbo

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Où en est Tim Burton aujourd'hui? À la dérive? Le cinéaste connaît une longue traversée du désert depuis presque 20 ans et est en réelle perdition depuis une bonne décennie. Contre son gré, il ne peut s'arrêter de tourner sous prétexte qu'il est à court d'idées, son nom est devenu un slogan et comme le dit le proverbe, le spectacle doit continuer, qu'importe si la motivation n'est plus là.

Le projet de remaker Dumbo part de cette mauvaise passe. Avant même que le poste de metteur en scène ne lui soit confié, Burton fût le mot-clé qui inspira le scénariste Ehren Kruger, chargé d'écrire un script burtonien pour Burton, comme Linda Woolverton l'avait fait avec Alice au Pays des Merveilles. Le réalisateur accepte le deal sans grand entrain comme à son habitude maintenant. Il revient une énième fois à la maison-mère pour satisfaire une commande, plus pour rester actif que par conviction en son scénario.

Car après tous ces essais, Disney ne savent toujours pas où aller avec la vague de réadaptations qui ensevelit le box-office. Le succès de La Belle et la Bête n'a, miraculeusement, pas enfermé les prochains remakes dans une seule bulle mais confirme la blague qu'est leur fabrication, mal pensée et sans orientation.
Il y a donc de quoi être contrarié en voyant un des cinq premiers films de Walt Disney, et un de ses meilleurs, être mis à jour pour un grand public qui ne réclame que des images d'enfance et ne cherche pas à les revoir sous un oeil adulte, Dumbo étant un cas à part dans le catalogue de la firme, un petit OVNI narratif et stylistique incomparable.

L'intérêt majeur du remake va être de changer le point de vue du dessin animé. Fini l'éléphanteau qui découvre toutes sortes de bizarreries, de folies et de miracles en compagnie de la fidèle souris Timothée, place aux humains, témoins et acteurs de l'aventure du bébé Jumbo. Burton en fait des exclus, des bêtes de foire aussi fantasques que les animaux de leurs numéros. Dès l'introduction, il fait de Colin Farrell un handicapé que ses propres enfants ne reconnaissent plus, personne n'est plus un monstre qu'un autre, tous ceux qui vivent au cirque sont des freaks possédant un esprit de famille déclinant jusqu'à un réveil avec la naissance d'un pachyderme difforme.

Cette "neuvième merveille du monde", qui bénéficie fort heureusement d'images numériques réussies, communiquant ses sentiments par de gros yeux larmoyants et son ridicule par des oreilles tombantes, ne vas pas traîner à révéler son don puisque dès sa deuxième scène, sa capacité à voler est découverte et va être le point de départ de ce nouveau Dumbo là où l'original se finissait sur ce rebondissement. Le film se transforme alors en une simili-suite/reboot, amenant le petit éléphant à se produire dans des spectacles plus importants.

Burton se retrouve immédiatement en terrain plus sûr avec un parc d'attractions qui, au moindre imprévu, devient un enfer (bestiaire maquillé pour ressembler à des créatures cauchemardesques, nouvelles technologies défaillantes), des magnats de la finance, un capitalisme à outrance et d'autres thèmes raccords avec son cinéma. Mais tout ça demeure frivole, rien n'est assez fouillé au point d'apporter un autre angle sur cette histoire. On peut dire la même chose pour les personnages, manquant d'épaisseur et pas très bien écrits (vous préférerez ignorer le CV de Ehren Kruger pour ne pas pousser un cri d'effroi). Certains évoluent trop vite (la trapéziste française), d'autres remplissent uniquement une fonction (un majordome présent 30 secondes juste pour trahir son patron et donner une information), plusieurs ne servent à rien (le film se rend compte trop tard qu'il a oublié de donner une personnalité au gamin et l'ellipse totalement du happy ending) et sont peu aidés par les dialogues (combien de fois la perte de la mère est-elle grossièrement évoquée?).

On aimerait leur dédier plus de temps pour que leur développement se ressente davantage, on aimerait voir plus longtemps l'entraînement entre Collette Marchant et l'éléphanteau, on aimerait voir plus longtemps comment elle entre dans le cercle des Farrier, on aimerait voir plus longtemps quel lien Max Medici a-t-il avec ses employés. Ces transitions cruciales défilent trop vite.
Reste qu'ils sont un minimum attachants car joués par des comédiens de talent (sauf les deux gosses, très mauvais) dont une partie qui est habituée à la direction de Burton (Eva Green, Danny DeVito, Michael Keaton).

Et l'un des meilleurs choix de Kruger sera de les séparer de Dumbo, faisant comprendre que son arrivée dans leur vie ne devait être qu'une petite phase providentielle et rendant le bout de chou encore plus adorable dans ce qu'il représente pour cette troupe.

S'il est différent à 90% du film de 1941, il reste 10% de ce remake qui cherche à y faire référence et si les petits détails seulement visuels marchent correctement (le bonnet pour cacher les oreilles, les peluches qui ressemblent à la version animée), les plus gros sont ratés. Parmi eux, Pink Elephants on Parade fait exactement ce que les fans de Burton attendaient, la séquence est chouette à regarder, bien photographiée et rythmée par les choeurs de Danny Elfman mais ne sert aucun propos et n'est là que pour faire jolie. Mais sans aucun doute, la reprise la plus foirée est Baby Mine, scène complètement pourrie où Dumbo et sa mère enchaînée ne peuvent que se toucher avec leurs trompes, mais cette fois-ci à peine une minute après qu'ils aient été éloignés! Comment peut-on autant échouer à remettre et comprendre le passage le plus émouvant du film d'animation? Et ceci alors que la même scène aurait très bien pu être déplacée dans le troisième acte à Dreamland. Incompréhensible loupé.

Tim Burton n'a pas encore (re)trouvé sa plume magique, servant un film pour enfants bien usiné et coloré, même sympathique, mais n'ayant pas encore récupéré l'étincelle de génie qui l'a accompagné dans sa première moitié de carrière. Mais à une heure où les remakes Live-Action de Disney sont manufacturés à l'emporte-pièce, soutenir Dumbo est nécessaire car quitte à subir le remodelage de tous leurs grands dessins animés, mieux vaut encourager une approche inégale mais neuve plutôt qu'un pillage nostalgique.

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