Au nom du père

Avis sur En avant

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À nouvelle décennie, nouvelle ère et nouveau départ pour Pixar Animation Studios. Désormais séparés de leur père fondateur, les magiciens de la 3D voguent vers des horizons inconnus avec un tout autre capitaine à bord en la personne de Pete Docter. Et bien que Toy Story 4 soit plus ou moins non-officiellement et accidentellement leur premier film sans le parrainage de John Lasseter, c'est bel et bien En Avant qui ouvre cette phase primant sur l'arrivée d'une branche toute fraîche de conteurs.

Ce devoir d'inauguration est confié à Dan Scanlon, papa du prequel de Monstres & Cie, qui a la chance de pouvoir créer une histoire neuve et surtout très personnelle basée sur son deuil familial. Si Rebelle avait déjà en partie touché à la fantasy, En Avant l'épouse entièrement en peuplant uniquement son univers de créatures fantastiques avec l'originalité de le voir lentement muter vers un monde moderne, dépourvu de la moindre trace de magie ou d'émerveillement et tristement semblable au notre.

La démarche de Scanlon est pour le moins singulière, miser sur un espace terni par les avancées technologiques, la mécanisation et l'évolution des normes mais dissonant par l'apparence grossière et la nature-même de ses habitants, son message se situe quelque part entre Cars, Quatre Roues et Wall-E, dénonçant la perte d'identité, la destruction de patrimoine et la conformité d'une communauté au profit d'un mode de vie plus pratique, facile et sans risques. Le défi est de pouvoir jongler avec ces paradoxes et de garder un niveau d'attention maximal. Là-dessus, le réalisateur s'en remet à ses personnages.

La quête des elfes Ian et Barley va les pousser, non pas seulement à trouver le moyen de ramener leur père à la vie le temps d'une journée, mais de quitter cette civilisation qui a pris le pas sur leur savoir d'antan, de sortir du milieu urbain pour revenir à leur essence première, de comprendre leur Histoire et de renouer avec les assises de la magie. Si la mise en scène est un peu trop fonctionnelle et manque d'audace, les astuces pour dénoncer l'effacement folklorique ne sont pas seulement comiques, elles servent réellement la morale sur la désacralisation en créant des ponts malins entre les péripéties (une épée légendaire vendue à bas prix chez l'apothicaire, des monstres qui délaissent leurs aptitudes au vol, des mythes et des cartes qui perdurent par des jeux et des tatouages etc...).

On peut regretter que Dan Scanlon n'aborde pas plus l'autre penchant de cet art, la sorcellerie, et que l'ancien monde soit assez timide dans son imagerie passé l'intro (la direction artistique n'est pas forcément le point fort du film) mais on savoure la cohérence du récit de ne pas aller chercher l'épique là où il n'il y en a pas (hormis le climax où l'objectif est bien plus intéressant que la menace) et de rester focalisé sur une petite échelle, celle d'une famille quelconque dont le seul don particulier est dépassé et oublié de nos jours. La route à suivre ne concerne que les frères Lightfoot et les conséquences ne les toucheront qu'eux et leurs proches.

Car la cause de leur voyage est vectrice d'émotions fortes, la possibilité de faire revenir un défunt pendant 24 heures sachant que les deux héros doivent surmonter leur chagrin différemment et qu'ils placent leurs derniers espoirs dans cette réunion. L'animation du corps incomplet du père est extrêmement réussie, les animateurs devant lui donner une personnalité rien qu'avec les mouvements de ses jambes et trouver un moyen de communiquer par le toucher. L'idée est propice au rire mais c'est bien la poésie qui en ressort le plus, une forme de beauté purement pixarienne qui prépare déjà la résolution à venir.

Comme pour Monstres Academy, l'épilogue est aussi intelligent que profond, faisant grandir ses personnages par des décisions qui leur coûtent beaucoup individuellement et étendant son sujet au-delà du rapport au père. En Avant est une ode à la fraternité, qui montre que la transmission se fait à travers toutes les étapes de la vie, que chaque minute est précieuse et qu'il faut en profiter au lieu de vouloir la transformer en seconde. L'alchimie irréprochable entre Tom Holland et Chris Pratt finit d'expliquer l'attachement que l'on porte vis-à-vis de ces personnages très humains et complémentaires qui ne sont pas loin de nous arracher une larme.

Sur bien des aspects, En Avant ferait presque rappeler un certain 1001 Pattes, un film qui ne paie pas de mine au premier regard mais qui est pleinement marqué par l'esprit Pixar et qui perpétue l'incroyable héritage cinématographique d'un studio d'exception. 25 ans plus tôt, ces artistes changeaient le paysage de l'animation pour toujours. Un quart de siècle plus tard, ils sont toujours là et continuent à faire ce qu'ils savent faire le mieux, nous questionner et nous bouleverser.

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