A la recherche de la magie perdue

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Après trente premières secondes en trompe l'œil où un ersatz de Gandalf triomphe sans trembler d'un dragon, c'est un terrible constat qui s'offre à nous : La magie a disparue. Bien que son existence ne soit jamais remise en question, son utilisation a été soudainement délaissée au profit du progrès technique. Forcément, allez convaincre ce jeune étudiant un brin paresseux d'étudier une année durant pour maîtriser un Lumos quand une simple pression sur un interrupteur fait jaillir la lumière avec trois fois plus d'éclat. Conséquence inévitable, même les créatures les plus fantastiques de ce monde sont contraintes de s'adapter. Les licornes fouillent les poubelles dans la banlieue, les fées roulent des mécaniques, les manticores se débattent avec le régime alimentaire et fiscal, et la police engage n'importe quelle bête capable de s'entasser dans une voiture de patrouille.

C'est en partant de ce postulat prometteur que Pixar livre un embryon de réponse à cette question d'emblée légitime : que peut on bien proposer d'original dans un univers de fantasy en 2020 ? Malheureusement le développement ne sera pas à la hauteur de l'introduction rappelant immédiatement The good dinosaur qui lui aussi offrait un postulat original avant de s'en désintéresser pour emprunter des chemins plus balisés. Autre point commun entre les deux films, certes plus discutable, une direction artistique faiblement inspirée avec pour symbole des héros finalement peu marquants. D'un côté un dino qui ferait à peine illusion sur un emballage de gâteaux, de l'autre un elfe bleu qui en plus de n'être qu'un reskin du chef Linguini de Ratatouille pourrait perdre sans problème un concours de popularité face à un na’vi infirme et au schtroumpf à lunettes. On est loin de l'épure et la science du détail d'un Wall-E pour ne citer que lui… Suffisant certainement pour tenir la barre face aux enfants mais forcément décevant au vu du potentiel créatif du studio.

A charge de nuance gageons tout de même de quelques trouvailles visuelles comme ce mur anodin aperçu en début d'aventure qui donnera vie au boss final. Dommage que cela reste le plus souvent à l'état de gags et ne serve que trop rarement à dynamiser l'univers. Pour une œuvre lorgnant sur la fantasy et le road trip, il n'y a étonnamment jamais de place pour des moments de contemplation. La progression prévisible des personnages est bien trop rapide pour offrir pleine satisfaction. Car comme son nom l'indique, Onward est un film qui avance constamment, déroulant son intrigue plus que convenu avec un rythme soutenu. C'est un divertissement honnête qui parvient à capitaliser sur son sidekick improbable mais riche de sens et une poignée de situations comiques sympathiques pour capter un semblant d'attention. Il parvient même à conclure son périple efficacement avec un climax attendu qui livre tant bien que mal la charge d'émotion suffisante pour faire pleurer dans les chaumières.

Mais derrière ça, Dan Scanlon, déjà responsable du dispensable Monsters University n'a pas grand-chose de palpitant à proposer. Si l'objectif du voyage était de nous redonner foi en une magie ancestrale oubliée, ce n'est pas avec cet essai que Pixar pourra mettre à jour son journal de quêtes. A l'orée d'une nouvelle décennie, les déceptions de la précédente nous ont malheureusement habitués à l'ordinaire, et Onward s'inscrit parfaitement dans une banalité confondante qu'on préférerait devenir moins fréquente. Non pas que l'idée soit de le faire passer pour le mouton noir ou de tomber dans la nostalgie aveugle, mais au vu des moyens colossaux du studio la question demeure : Peut-on vraiment se contenter de ça ?

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