La condition métaphysique des Noirs aux Etats-Unis.

Avis sur Get Out

Avatar Paul Staes
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Dans le regard indolent et compréhensif de Chris transparaît quelque chose de profondément érotique, qui se marie avec une certaine langueur de ses gestes assurés et gracieux. Il incarne son existence avec une douce ironie, parfois un peu cynique, de manière acidulée, amusée et désabusée. Ses yeux étonnamment expressifs couronnent un visage tendre, et ses sourires sont comme des invitations à le comprendre, à prendre sa place, à s'imaginer être lui. D'une certaine manière, par cette sexualisation intense de son corps, par les plans de la caméra qui presque s'insinuent en lui et le pénètrent, le film fait de son personnage principal un objet et donc quelque part un esclave. En quelques secondes apparaît alors le sujet du film : le Noir américain est toujours dans la métaphysique américaine un esclave, parce qu'il est sans cesse ausculté, considéré, incarné, possédé par celui qui le regarde. Get Out n'est pas seulement un film d'horreur à la limite de l'absurde, il est un film philosophique brillant et réjouissant, car il met les mots sur une sensation intuitive qui est celle de la possession de l'autre par une trop grande tentative de compréhension. En essayant de se mettre à la place de quelqu'un, même avec des intentions bienveillantes, le sujet que l'on regarde devient peu à peu un objet, et un homme-objet n'est ni plus ni moins qu'un esclave. Tout cela est certes symbolique, mais il met les mots sur le malaise sociétal de la situation des Noirs aux Etats-Unis. Get Out est un coup de tonnerre dans les films américains, souvent bons, qui regorgent sur le sujet. Il sort du misérabilisme, ou de l'héroïsme à outrance tarantinien pour jeter un regard original sur une question qui n'a pas fini de faire couler de l'encre, ou de faire chauffer les objectifs des caméras.

Le film possède une réelle esthétique. Les plans sont très bien travaillés, bien conçus, savent jouer avec les couleurs et l'angoissante perfection des banlieues chics. Cette grande et belle maison qui évoque les domaines des anciens esclavagistes est très bien rendue à l'écran. Les acteurs sont tous formidables, et je ne peux m'empêcher d'admirer le jeu de l'acteur principal qui a su incroyablement bien incarner cette proie, ce bétail, ce corps. Le scénario met en place une certaine tension qui s'accroît peu à peu tout le long du film pour exploser dans une scène gore finale. S'il raconte une histoire qui n'a pas grand sens évidemment, elle renoue avec les classiques du film d'horreur, entre le savant fou et les sectes diaboliques. La bande-son est caricaturale à l'extrême, mais cela donne finalement un charme à l'oeuvre. Certaines scènes sont très fortes, notamment les scènes d'hypnose, et un certain psychédélisme se dégage de l'ambiance globale de Get Out, qui demeure un excellent film. Il démontre que la politique et le droit ne font pas tout au sein des sujets sociétaux, et que la civilisation conserve les archétypes fondamentaux qui déclenchent les inégalités.

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