GRAVITY

Avis sur Gravity

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Gravity est un huis-clos se déroulant dans le plus vaste des décors, l’espace et le vide. Un univers oppressant et étouffant qui donne le vertige. Pour la première fois la 3D prend vraiment son sens et ne se contente pas d’être un artifice racoleur ou un jouet. Elle est omniprésente et complètement immersive, elle nous place en apesanteur et finit même par devenir invisible tant elle est naturelle.

Alfonso Cuaron mène de main de maître un thriller spatial, un véritable film de survie tendu à l’extrême dans lequel chaque moment de pause est un soulagement. Les scènes d’action sont à la fois magnifiques, impressionnantes et terrifiantes. Les effets spéciaux et la 3D sont irréprochables mais c’est surtout la mise en scène qui place ce film au-dessus du lot. Cuaron joue du plan séquence à merveille et renvoie en quelques plans les réalisateurs adeptes de montages hystériques et incohérents sur les bancs de l’école. C’est beau tout en installant une tension, un suspense d’une redoutable efficacité. Les quelques plans tournés en caméra subjective ajoutent une puissance émotionnelle aux scènes tout appuyant l’effet d’immersion (au début du film il intègre un point de vue subjectif au milieu d’un plan séquence, la caméra pénétrant à l’intérieur de la combinaison spatiale avant d’en ressortir). A ces moments le son prend toute son importance, les respirations, les chocs nous collent au plus près de l’action et du drame. Et quand la présence de son n’est plus justifiée (on est dans l’espace), ce sont le silence ou la musique qui prennent le relais à propos. Et quelle musique ! La BO est magistrale.

L’aventure de ces deux astronautes sait nous tenir en haleine et se renouveler régulièrement, une gageure vu le point de départ. Deux personnes face à la mort, face à un ennemi implacable et inéluctable, qu’ils ne peuvent ni fléchir ni éliminer : l’espace. Le film est avant tout un film de genre efficace, à l'intrigue simple, il ne propose pas de grande réflexion sur la mort ou sur le destin, il fonctionne sur un registre plus basique avec quelques excès sur la fin, mais on ne pourra pas changer Hollywood.

Au beau milieu de tout ça nous avons quand même le tandem le plus improbable avec George Clooney et Sandra Bullock. Lui retrouve l’espace après Solaris et elle revient à ses premières amours de film d’action après une longue incursion dans la romcom et les panouilles. Clooney nous fait du Clooney, tout en séduction et en maîtrise ; Bullock (je dois confesser n'avoir jamais été un fan) endosse les habits d’une Ripley sans toujours convaincre, notamment dans l’émotion. Deux comédiens inconnus auraient sans doute été plus indiqués mais les deux stars, sans être extraordinaires, remplissent leur contrat.

Gravity n’est ni 2001 ni Alien même si on ne peut s’empêcher d’y penser, Cuaron y faisant de discrets clins d’œil. Le film n'en reste pas moins une performance visuelle et émotionnelle qui propose une alternative salutaire aux blockbusters de ces derniers mois.

POST-SCRIPTUM

6 semaines après l’expérience vécue lors de ma première projection, je retourne voir Gravity, ayant eu largement le temps de digérer le film. Je dois dire que j’ai été un peu déçu par cette nouvelle projection. J’ai surtout été très étonné de la différence de qualité de projection d’une salle à l’autre, je n’ai pas retrouvé cette sensation d’immersion qui m’avait tant emballé. Certes l’écran était plus petit mais l’image était surtout moins belle et le son vraiment pas terrible. Je trouve vraiment dommage qu’un film dépende autant de la salle, même si un très grand écran est toujours plus agréable. C’est donc une des limites du film qui est peut-être un peu trop à cheval entre le cinéma et l’attraction de parc de loisirs. J’encourage donc les Parisiens à le voir au Pathé Wepler.

SPOILS A SUIVRE

En ce qui concerne le film à proprement parler mon avis n’a pas trop changé. J’ajouterais juste que la scène du retour de Clooney est un vrai plaisir : elle est drôle mais surtout elle fait un joli pied de nez au public. Elle est invraisemblable et tout le monde le sait mais on est tellement habitué à avaler n’importe quoi qu’on serait presque enclin à accepter le « The hell of a story » de Clooney qui justifie son irruption dans la cabine, tout déceptif que ce soit.

Bien évidemment les monologues de Bullock passent un peu moins bien, tout comme la surenchère finale. Lors de la première séance je souhaitais qu’elle ne s’en sorte pas et je n’ai pas changé d’avis, le film aurait pris une autre dimension. Et c’est d’autant plus dommage que la mort de Clooney avait été très bien traitée dans une belle scène sans pathos inutile.

Au final, Gravity est un bon film mais il risque de mal vieillir alors autant en profiter maintenant et en prendre plein les yeux.

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Gravity est une œuvre produite par Warner Bros©, découvrez la Room 237 de SensCritique.

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