« Afraid to live »

Avis sur Highlander

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Ce baiser dernier donné parmi les fleurs écloses achève Highlander sur une note pastorale, en lien direct avec la vie bucolique montée en sommaire au milieu du long métrage – lorsque Christophe Lambert aiguise son épée, un sourire benêt au coin des lèvres ; lorsque son personnage aime et perd sa belle épouse – et fait triompher une dramaturgie du contrepoint et une esthétique du contraste.

La construction contrapuntique du film se plaît à sauter d’une temporalité à l’autre, élabore un chronotope à la fois foutraque et extrêmement ludique où un souvenir peut s’incarner à l’écran hors du traditionnel flashback. Aussi la structure d’Highlander s’avère-t-elle aussi complexe que simpliste, le réalisateur ne se préoccupant guère de la cohérence immédiate, déléguant à plus tard le sens donné à ce tissu rapiécé fait de morceaux épars ayant pour unité la présence de l’Immortel éponyme ; en résulte une surprise constante qui garde le spectateur en haleine tout en explorant différents registres, de l’épique au comique, du lyrique au tragique.

Ce mélange des genres et des tons est redoublé par un mélange des formes, des textures et des atmosphères : le parking souterrain d’un complexe sportif ouvre sur les paysages montagneux de l’Écosse, sans transition aucune ; la lumière naturelle de cet espace contraste avec les néons rouges ou bleus qui éclairent et iconisent la ville, mouroir anonyme dans lequel s’affrontent les élus au doux son des sirènes de police. Ce n’est pas un hasard si Russell Mulcahy vient du clip musical : il sait composer des séquences visuellement impressionnantes et bien rythmées par un montage alerte, aussi tranchant qu’une lame d’épée. Ainsi, le dernier acte confère au film une puissance de mise en scène telle qu’il résout les problèmes d’équilibre et de justesse rencontrés au début : point d’acmé grandiose qui allie combats épiques et autodérision 20% de matières grasses.

Car Mulcahy n’y va pas avec le dos de la cuillère : tout est lourd, terrestre, humain, ancré sur le sol, comme traduction de la malédiction qui condamne le héros à une immortalité subie plutôt que choisie. Son geste artistique est pesant, certes, mais cette pesanteur dit quelque chose de la thématique ici traitée, à savoir une réflexion sur la mortalité et l’immortalité. Parce qu’immortel, Connor est accusé d’avoir le diable en lui ; en réalité, la traversée des siècles s’apparente à une série de variations autour du mal humain, ce diable décliné selon les époques et les environnements, mais toujours là, tapi dans l’ombre. Le mal n’est plus casqué et vêtu de peaux de bêtes, non il affiche un look punk, à l’image du long métrage tout entier qui est une œuvre contestatrice de l’homme et créatrice de formes nouvelles aptes à briser des idoles et en créer de nouvelles.

Aussi Mulcahy trouve-t-il là l’occasion de prolonger un thème qui lui tient à cœur : la représentation du mal humain en lien avec la terre dont il émane. Razorback filmait la démence du sol australien et de ses habitants, symbolisée par un monstre aux allures de phacochère géant ; Highlander redistribue le mal parmi les hommes et les âges de l’humanité, brossant un portrait tourmenté et pessimisme de la condition humaine, pensant la mortalité comme un cadeau du Ciel puisqu’il nous arrache à notre souffrance.

Tout en flirtant volontairement avec le nanar, sous ses faux airs de naïveté premier degré, le geste artistique d’Highlander reste éminemment contestataire, punk en somme, divertissant surtout. Une œuvre atypique qui en dit plus qu’elle n’en semble dire.

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