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Prendre la Dune avec les dents

Avis sur Jodorowsky's Dune

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Présenté à Cannes en 2013, Jodoroswky's Dune n'a toujours pas fait l'objet d'une sortie en salle. Ou même DTV. C'est franchement dommage, car ce documentaire transmet avec beaucoup de force l'enthousiasme de Jodoroswky (intact, 40 ans après), tout en nous laissant entrevoir ce que cette adaptation du roman culte de Frank Herbert aurait pu être. C'est simple, on a presque l'impression de l'avoir vu, ce fichu film avorté !

Le docu est constitué d'interviews récentes de Jodo – tantôt en anglais (souvent approximatif mais toujours compréhensible), tantôt en espagnol –, de collaborateurs de l'époque ou bien d'admirateurs d'aujourd'hui (Nicolas Winding Refn, des critiques de cinéma...), le tout entrecoupé d'illustrations saisissantes (paysages, vaisseaux, costumes) et de planches animées du storyboard.

Le pitch est simple, il s'agit de raconter la tentative d'Alejandro Jodorowsky d'adapter Dune au cinéma, au lendemain du succès de La Montagne Sacrée (1973, génialissime, effet claque-dans-ta-face garanti). Loin d'être le délire d'un cinéaste isolé, le projet suscite la passion de nombreux artistes qui finissent d'ailleurs tous par suivre Jodo dans son aventure.

Comment convaincre Orson Welles de jouer le baron Harkonnen ? Facile : lui promettre d'engager le chef de son resto préféré sur le plateau. Comment convaincre Salvador Dali de jouer l'empereur Shaddam IV, alors qu'il exige d'être l'acteur le mieux payé d'Hollywood ? Facile : lui promettre 100 000 dollars la minute de jeu... à l'écran, soit environ 3 minutes. Rusé, culotté et charismatique, Jodo parvient ainsi à se constituer une équipe de "spiritual warriors" hors du commun : Moebius au storyboard, H.G. Giger (futur "papa" du monstre d'Alien) aux visuels, David Carradine en Leto Atréides, Mick Jagger en Feyd-Rautha Harkonnen, Pink Floyd et Magma à la musique, sans oublier le scénariste Dan O'Bannon, qui sera plus tard l'auteur des scripts d'Alien et de Total Recall. Belle brochette. Par contre, Amanda Lear en princesse Irulan, seriously ?

L'Hollywood du milieu des années 70 est bluffé par la qualité et l'ambition du projet, parfaitement réalisable jusque dans ses aspects techniques, mais il n'aime pas l'idée de signer un gros chèque à un personnage aussi "extravagant" que Jodorowsky. Parmi les autres raisons évoquées : la trop grande singularité du film, sa longueur inadaptée aux salles de cinéma (Jodo évoque 14h... MER IL ET FOU !) et son coût astronomique (près de 10 millions de dollars de l'époque avait déjà été dilapidés en pré-prod, soit deux tiers du budget global prévu). L'intransigeance du réalisateur, qui refuse de brader sa vision d'artiste, s'avère finalement très poignante : "Le film doit être tel que je l'ai rêvé. Ne changez pas mon rêve !", s'enflamme Jodorowsky.

Si le film n'a jamais était tourné, son storyboard de la taille d'un bottin aurait influencé des nombreux films postérieurs : Star Wars évidemment, Terminator (l'interface de vision !), Indiana Jones... Et puis de toute façon, Jodo ne s'est pas privé pour recycler son Dune dans ses propres bandes dessinées, notamment L'Incal et La Caste des Méta-Barons, deux chefs-d'oeuvre absolus. Au fond, pas de quoi être triste : le Dune de Jodoroswky's n'est pas mort, il est là, un peu partout. Il suffit d'ouvrir les yeux. Et non, je ne parle pas du machin de David Lynch.

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