La fraîcheur d’un flocon de neige sur la joue

Avis sur Joy

Avatar Marius Jouanny
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Le thème du « rêve américain », la réussite sociale en partant de trois bouts de ficelles est on ne peut plus exploité, recraché à l’envie par le cinéma américain qui en partant de ce postulat ne nous vend plus de rêve depuis bien longtemps. Il y a pourtant un réalisateur qui s’attaque avec pertinence aux genres les plus fades du cinéma américain : David O. Russell. Après s’être distingué avec la comédie romantique « Happiness Therapy », il reprend donc le même trio gagnant Jennifer Lawrence, Bradley Cooper et Robert De Niro pour une comédie dramatique placée sous le signe de l’obstination à faire marcher une périlleuse entreprise familiale, celle de Joy. Et comble du comble, c’est inspiré d’une histoire vraie.

Autant dire qu’il faut être sacrément malin pour s’élever avec autant de poncifs. Là est l’ambition de Russell : sublimer la simplicité scénaristique apparente à grand renfort d’astuce, d’humour et d’émotion. Il a d’abord un certain talent pour camper ses personnages, nous étonner là où l’on se croyait en terrain connu. Joy est une jeune mère de famille qui vit un calvaire : son ex-mari squatte chez elle, tout comme ses parents eux-mêmes séparés et sa grand-mère, seule personne humainement supportable sous son toit. Enchaînée à tout ce beau monde, Joy n’a jamais pu réaliser ses rêves de grandeurs, à commencer par faire breveter et produire les ingénieuses idées qui lui traversent la tête, comme une serpillière pouvant s’essorer sans les mains. Là où un tel synopsis pêche par manque de panache la plupart du temps, le réalisateur soigne ici tellement bien le déroulement de son film, y expose des acteurs tellement talentueux que tout cynisme laisse place à une implication totale dans les événements du film, qui reste contre vents et marées imprévisible.

Si Russell s’exécute par une mise en scène souvent classique et sans esbroufe, force est de constater qu’il renforce le propos du long-métrage par une maîtrise du tempo : l’art de choisir une bande-son de qualité, celui surtout de doser les rebondissements avec parcimonie mais générosité. C’est lorsqu’il atteint quelques moments de poésie, de drôlerie, de déchéance et de triomphe que « Joy » dévoile tout son potentiel : celui de redonner un sens aux convictions les plus bêtement optimistes. « Tomber pour mieux se relever », personne n’ose y croire mais il se matérialise pourtant ici une lumière au bout du tunnel revigorante, dont l’authenticité laisse rêveur.

En épurant à l’essentiel le récit d’un combat professionnel (nulle romance, nulle mièvrerie pour alourdir le convoi) Russell touche, soulage et provoque l’hilarité même à travers un « happy end » finalement tout aussi lucide que le reste du film. « Joy » a beau être le négatif de « Happiness Therapy » dans sa représentation de l’attachement et du couple, il n’en reste pas moins passionné, survolté au son de Frank Sinatra et des Stones.

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