L'espion qu'on aimait …et qu'on aime toujours !

Avis sur L'Espion qui m'aimait

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La maison Bond brûle dans les années 70. Si Roger Moore est plutôt bien perçu par le public, les deux premiers films avec lui sont artistiquement un cran en dessous et surtout l'un des deux producteurs, Harry Saltzmann, a des dettes par dessus la tête ou plutôt plein les tiroirs car il avait pour habitude d'y fourrer les rappels de ses différents créanciers.

Histoire d'un film-pivot : Broccoli seul en scène

Finalement Albert Broccoli va gérer seul les productions James Bond avec l'aide de son beau fils, Michael G. Wilson. Afin de frapper un grand coup, il sait qu'il faut faire un grand film pour montrer au monde que l'aventure continue. Pour cela ils font appel de manière net à de multiples références. Certes plusieurs volets de la saga avant celui-ci et d'autres après le font aussi mais rarement à ce point là.
De plus ici tout est entremêlé. On y fait référence à l'univers de Lawrence d'Arabie, à Spielberg (qui s'est toujours vu refuser l'opportunité de réaliser un James Bond) avec le nom "Jaws" et à la musique du Docteur Jivago avec la boîte à musique du début du film, pour citer quelques exemples.
L'utilisation, voire le recyclage d'effets qui ont marqué la saga dans les années 60 n'est pas étrangère au succès du film : voiture originale et pleine de gadgets comme dans Goldfinger, bagarre dans le train entre les couchettes comme dans Bons Baiser de Russie, les eaux omniprésentes comme dans Opération Tonnerre, la poursuite en ski comme dans Au Service Secret de Sa Majesté et l'assaut final contre la base du méchant comme dans On ne vit que Deux Fois dont le scénario s'inspire ici beaucoup.
Quand le décorateur Ken Adam dit au producteur Albert Broccoli que le décor qu'il ambitionne ne tiendra dans aucun studio à leur disposition, ce dernier lui dit qu'ils vont construire un plateau ad hoc ! Cela permet un fabriquer un des décors les plus mémorables de la saga. La base de Stromberg est restée gravée dans la mémoire de tous ceux qui ont vu le film, surtout jeune.

Un film mythique … ou mythologique

Pour utiliser au mieux cette débauche de gadgets, de décors somptueux et de talents, sertie d'un budget colossal pour l'époque, un fond mythologique est utilisé, prouvant à nouveau que James Bond est un Ulysse moderne. En effet Stromberg est comme un Poseidon de l'ère moderne, avec d'ailleurs des doigts étrangement palmés, qui lui envoie ses créatures mythique comme Jaws (Requin) et Sandor, sa naïade jouée par Caroline Munro en Circée sulfureuse ou encore ses requins mangeurs de secrétaire. En revanche, la Pénélope du film, Barbara Bach, au contraire de son homologue mythique sait prendre part à l'action, quelle qu'elle soit, avec son nom de code évocateur, XXX. L'Espion qui m'Aimait, film féministe ? On peut se demander ce que Charlize Theron en pense …
On peut aussi mentionner un autre nommé Bach, celui qui composa l'aria qui est joué quand la somptueuse base sous-marine de Stromberg sort de l'eau. Elle est sertie de tableaux de Boticelli. Encore un Bond ou l'on fait référence à l'art picturale comme dans le premier de la série Dr No, avec le Goya disparu à l'époque du film et plus récemment dans Skyfall avec l'apparition d'une toile de Modigliani. D'ailleurs ce dernier film a aussi un point commun avec Ulysse et confirme le parallèle fait ici : le morceau de poème que déclame Judi Dench, écrit par Tennyson est tiré de l'œuvre qui s'appelle … Ulysses.

Au cinéma du temps qui fane

En (re)voyant le film en salle de nos jours, on peut remarquer que la patine du temps n'a pas fait de cadeaux au film. En effet sur la forme il y a des effets spéciaux qui sont voyants et notamment certains moments ou un cascadeur remplace Roger Moore. L'humour potache commence de nouveau à être parfois trop appuyé. Mais pour ce dernier cas, c'est presque faire hommage au monde du cinéma de série B d'ou vient Bond.
D'ailleurs il y a même de temps à autre un côté giallo au film, particulièrement dans les séquences ou Jaws apparaît. D'ailleurs une des James Bond Girls, Caroline Munro, vient des films d'épouvantes de série B de la Hammer …
Autre point négatif mais qui concerne le temps intérieur, propre à l'œuvre, c'est la longueur. Le montage utilise bien trop de plans, surtout dans les scènes de destruction ou il y a une insistance pour montrer un grand nombre d'images de la même action que ce soit un naufrage ou une explosion. On sait que Broccoli voulait que chaque cent se voit à l'écran, mais là il y a un excès de zèle !
Dernier point discutable, la musique. Elle manque à certaines scènes d'action de manière inexplicable et sa tonalité Bee Gees sied peu à James Bond. Elle est, pour faire simple, trop marquée pour son époque.
Côté acteurs ils sont tous bien choisis et séduisants de Roger Moore à Curd Jürgens et de Barbara Bach à Caroline Munro. Les réplique qu'on leur donne fusent, l'histoire nous fait visiter l'Egypte, ce qui rajoute au côté très mythologique du film qui nous propulse dans un monde mis en danger par un seul milliardaire convaincu que le salut passe par les profondeurs.

Au final, un film comme une renaissance

En sortant de la salle on peut imaginer l'impression que ce film grandiose et drôle a du avoir sur les spectateurs à l'époque de sa sortie. Il est facile d'imaginer que ces aventures aquatiques ont pu ravir un grand nombre. Le thème de l'eau a évidemment son importance car il évoque mort et renaissance, et à l'époque OO7 cherchait de nouveau sa Dame du Lac pour récupérer son Excalibur. Cela a été chose faite avec cet excellent film qui passe tout de même l'épreuve du temps en étant à la fois grandiose et un peu kitsch.

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