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L'Homme à la tête en caoutchouc

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Cet opus compte parmi les principaux de Méliès (avec Voyage dans la Lune, Voyage à travers l'impossible ou son Vingt mille lieues sous les mers) car il contient un de ses trucages les plus impressionnants. Méliès a fait plus complexe, mais celui-ci a pour avantage d'apparaître massif. Les deux minutes se passent dans une salle avec Méliès en ingénieur fripon et sa tête de rechange posée sur la table ; il la relie à un tuyau de caoutchouc et la gonfle avec un soufflet (puis la dégonfle et fait venir un assistant à face de clown). La tête envahit l'écran jusqu'à exploser.

Pour obtenir cet effet Méliès s'est simplement déplacé par rapport à la caméra, en se servant au découpage de la technique de l'arrêt-caméra qui a fait sa réussite. La caméra est statique et la scène est un plan-séquence, comme de rigueur la plupart du temps chez Méliès et ses concurrents ; outre-Manche l'école de Brighton est en train de bouleverser cet ordre primitif (contributions déterminantes de Big Swallow et de La Loupe de grand-mère). L'Homme à la tête en caoutchouc amuse avec son style carnavalesque, son rythme enjoué et sa violence puérile, avec une feinte d'explosion toute en fumées (recours exploité plus timidement dans Le manoir du diable et Lune à un mètre en accompagnement d'apparitions). Il peut être perçu comme une extension d'Un homme de têtes (1898) où Méliès jouait du banjo à ses trois mini-moi.

Mais ici, plus de fond noir (commode pour les premières surimpressions audacieuse) [pour le spectateur] et hystérie différenciée ; il y a un atelier et le ton est pédagogique, les têtes bonus babillant dans l'euphorie ont cédé la place à une trogne de Méliès en train de faire le poisson. Si Méliès s'est régulièrement mis en scène dans ses propres films davantage que les Lumière (Partie d'écarté) ou George A.Smith (Baiser dans un tunnel), il a surtout cette particularité d'avoir tant instrumentalisée et arrachée son propre visage ; presque toutes les œuvres des premiers cinéastes sont sujettes aux redites (pas besoin d'auto-remake puisque la concurrence se charge de piller), Méliès n'y échappe pas et présentera notamment Une bonne farce avec ma tête (1904). Cette marotte se mélangera parfois à une autre plus prestigieuse, la Lune.

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