Western Coenien

Avis sur La Ballade de Buster Scruggs

Avatar Benj_abel
Critique publiée par le

Les frères Coen et le genre western, ce n’est pas une première. En 2008, ils nous proposaient un western moderne avec leur chef-d’œuvre No Country For Old Men, et en 2011, True Grit s’apparentait plutôt comme un western classique mais sous la forme d’un conte mélancolique très touchant. La Ballade de Buster Scruggs leur permet donc de revenir à ce genre qu’ils affectionnent tant. L’originalité de leur nouvelle incursion dans le western, est qu’il s’agit d’un film à sketchs. Six segments racontant le destin de plusieurs personnages dans le Far West. Présenté de cette façon, cela suit la logique de leur précèdent film Avé, César ! (2016). Dans ce film chorale, le principe du sketch était déjà présent. Plusieurs histoires prenaient place autour d’un personnage principal, Eddie Mannix, interprété par le génial Josh Brolin. Le procédé du sketch leur permettait de proposer une galerie de personnages hauts en couleur et de rassembler une multitude de genres comme la comédie, le drame, la comédie musicale, le film d’espionnage, etc… Assez décrié à sa sortie, ce tournant dans leur filmographie m’avait beaucoup plu.

Attendant avec impatience leur nouveau film, ce western à sketchs est une grande réussite. Cette fois-ci, les sketchs sont indépendants les uns des autres, même s’ils ont comme point commun la mort. Le mélange des genres fonctionne parfaitement. La photographie de Bruno Delbonnel est sidérante. Il avait déjà magnifié New-York dans Inside Llewyn Davis, et une nouvelle fois, sa photo si particulière s’accoutume parfaitement avec le style des Coen. Malgré quelques inégalités, chaque histoire est très réussie. On suit avec attrait le destin de ces personnages tous plus coeniens les uns que les autres.

Rien n’est anecdotique dans le fait que tous ces personnages filent vers la mort. Par la représentation de l’Ouest américain et son univers impitoyable, on peut y voir une allégorie d'Hollywood. La troisième histoire est la plus explicite sur ce sujet. Le personnage interprété par Liam Neeson arpente les villes pour présenter un spectacle mettant en scène un homme tronc.

Progressivement le spectacle n’attire plus les foules et il va décider de se séparer de son homme tronc pour une poule.

Comme à Hollywood, rien est éternel et tout est jetable.

Mais le sketch qui m’a le plus marqué est celui qui ouvre le film. Tim Blake Nelson est parfait sous les traits de Buster Scruggs. On découvre ce cow-boy sur son cheval en train de chanter et de jouer à la guitare. Des idées de mise en scène sont déjà astucieuses, entre la caméra dans sa guitare ou lorsqu’elle suit les échos des paroles qu’il entonne dans une vallée. Ce Buster Scruggs pourrait être un alter ego de Lucky Luke, car malgré son apparence plus comique que terrifiante, il s’agit d’une terreur de l’ouest qui dézingue à tout-va. Le sketch est un western musical qui alterne très bien entre les gags et les moments musicaux. Entre la parole comique de Buster Scruggs et les excellents gags visuels, notamment lors des duels, ce sketch est un chef-d’œuvre à lui seul.

Il se termine même sur une touche mélancolique avec cette envolée angélique.

Certainement dans ce que j’ai vu de mieux cette année.

Et vous, avez-vous apprécié la critique ?
Critique lue 97 fois
3 apprécient

Benj_abel a ajouté ce film à 2 listes La Ballade de Buster Scruggs

Autres actions de Benj_abel La Ballade de Buster Scruggs