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Avis sur La Charge fantastique

Avatar Kalopani
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On le sait, la plupart du temps les biopics hollywoodiens font peu de cas de la vérité historique, cette chose étrange possiblement source de discorde et de controverse, lui préférant bien souvent le pouvoir fédérateur de l'hagiographie. Surtout lorsque l'on espère, à la veille d'une entrée en guerre, voir ses boys marcher d'un même pas derrière la bannière étoilée. C'est ainsi que des films comme They died with their boots vont voir le jour, exaltant la bravoure, le sens du devoir et le patriotisme à travers la figure d'un héros de guerre auquel on pourra facilement s'identifier. Le général Custer devient ainsi le symbole d'une Amérique triomphante avec ce portrait édulcoré à souhait, bien loin de ce qu'il pouvait être vraiment et à mille lieues de l'image du fou sanguinaire qui sera immortalisé bien plus tard par Little Big Man. Son intérêt artistique existe néanmoins, et il est à rechercher notamment du côté de son statut d'œuvre charnière, puisqu'il marque la fin d'une certaine candeur hollywoodienne (Pearl Harbor arrive et plus rien ne sera comme avant) et le début d'une collaboration florissante entre un cinéaste et son acteur, entre Raoul Walsh et Erroll Flynn : sept films à eux deux, dont un sommet (Gentleman Jim) qui trouve justement son ébauche ici : sous les traits du personnage incarné par Flynn se dessine déjà cet idéal héroïque qui oppose à un système néfaste, gangrené par l'argent et les manœuvres politiciennes, les douces valeurs de l'humanisme, de l'insoumission et du sens de l'honneur.

Ainsi Walsh, appliquant à la lettre la célèbre formule énoncée par Ford dans Liberty Valance, délaisse la réalité bien trop ambiguë du général Custer et filme plutôt sa légende afin d'en faire un personnage totalement Flynnesque : ce ne sont pas les faits d'arme qui font le héros, mais bien sa personnalité, ses traits de caractère, sa manière d'appréhender la vie... La bravoure ne s'illustre pas seulement sur le champ de bataille, mais également au quotidien, c'est avant tout un art de vivre : les combats guerriers vont être sommairement abordés, toute l'attention sera portée sur le combat intime du héros à faire triompher l'humanisme et la morale. Custer préfigure ainsi ce que sera Gentleman Jim, c'est à dire un personnage bigger than life typique des années 40, dont la vitalité et l'esprit frondeur renvoient à sa bonté et à son éthique. Le summum sera atteint lors du final à Little Big Horn où sa parole vient honorer l'ennemi indien (« les seuls vrais Américains ici sont ceux avec des plumes sur la tête ») et où son sacrifice vient sacraliser sa droiture morale et son refus des compromissions politiques.

Pour arriver à un tel résultat, bons nombres de cinéastes se seraient lancés dans la reconstitution historique solennelle et grandiloquente, soutenant par les clairons la partie militaire et par les violons celle dédiée à la romance. Avec Walsh il n'en sera rien, car notre homme fidèle à sa devise (« Action, action, action... ») brasse tout dans un même mouvement, faisant s'entrechoquer la grande histoire avec la petite, l'intime avec le spectaculaire, le sérieux avec le badin. Le rythme ou le mouvement frénétique - entretenu notamment par le montage rapide, les mouvements de caméra et l'écriture ciselée des dialogues - sera ainsi l'atout principal d'un film qui rechigne à être un objet pompeux et mélodramatique : on est séduit par cette légèreté de ton, du moins en première partie, qui revisite avec entrain la naissance du héros, de ses débuts en tant que cadet jusqu'à son ascension à Washington ; on est charmé par la verve sarcastique d'un Walsh qui tourne en dérision son personnage (son narcissisme, son impétuosité, etc.) afin de le rendre un peu plus humain ; on est porté par cette aisance narrative qui sait privilégier les honneurs de l'Homme à la gloriole militaire, en s'attardant avant tout sur les combats quotidiens contre l'affairisme et les bassesses politiciennes.

La vraie gloire de l'Homme se situe là, nous dit Walsh, dans sa capacité à rester fidèle à ses idéaux en toute occasion, mêmes lorsque ne résonnent pas au loin le son des clairons et des canons. En donnant à son Custer les allures d'un personnage idéaliste, imperméable à la compromission et défendant des valeurs nobles héritées de l'enfance, il transforme son film en charge utopique, en plaidoyer pour une philosophie de vie humaniste : l'héroïsme, dès lors, n'est plus l'apanage des militaires, mais bien des hommes dignes ! Gentleman Jim n'est plus très loin.

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