Vrai faux bon film

Avis sur La Mémoire dans la peau

Avatar gallu
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Vous allez me dire que je mens, mais je le dis quand même : j'y croyais. Pas des masses, mais un peu quand même. The Bourne Identity m'intriguait car il récoltait des suffrages honorables chez mes éclaireurs et avait l'air de ne pas correspondre au film d'action habituel et à son cahier des charges balisé.

The Bourne Identity est effectivement un savant mélange de thriller, d'espionnage et d'action, le tout assez sobrement emballé. Comparé aux grosses productions du genre, le film de Liman a la qualité d'éviter l'ultra stylisation. La réalisation et la mise en scène sont sèches, sans fioritures, et l'ensemble dégage une certaine impression de réel. Pour accompagner Matt Damon, la production a misé sur une actrice allemande au physique assez banal, Franka Potente, plutôt que de reproduire le schéma éculé de la james bond girl dont on filme les jambes infinies élégamment emballées dans une mini-jupe en contre-plongée. Loin des décors hollywoodien, le film se déroule majoritairement en France, dans une France – chose rare pour un film américain – qui n'est pas une France de carte postale à la Midnight in Paris. Les quelques passages en français et éléments issus du paysage de notre pays sont bien vus. L'action du film s'insère en plus dans un petit cadre géopolitique assez intéressant : la manipulation d'un dictateur africain par les autorités américaines.

Ca fait beaucoup de qualités, malheureusement contrebalancées par plus de défauts encore. Matt Damon incarne un Jason Bourne qui n'est autre qu'une énième reprise du héros chevaleresque et invincible, un surhomme qui porte haut les valeurs et possibilités de l'individualisme triomphant. Il ne perd jamais, a toujours raison, comprend tout, devine tout : il est l'habituelle machine de guerre américaine, combinant supériorité physique, intelligence infaillible et sens de la liberté individuelle. Malgré une certaine sobriété, le film ne peut s'empêcher de s'emballer régulièrement, dans des tics de réalisation typiquement blockbuster ; accélération du montage, musique tambourinante et autres gros « trucs »pour gonfler aussi artificiellement que pauvrement le suspense. Le film est ainsi rythmé selon les étalons du parfait petit actioner américain ; on retrouve même des « boss de fin de niveau » à chaque quart de film. On aurait pu croire à un moment que malgré ce triomphalisme habituel, le film allait s'éloigner des carcans de l'idylle typique; mais The Bourne Identity y revient en fait bien vite, se replaçant dans ses derniers instants dans les cadres obligés du happy end romantique au soleil.

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