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La Promesse de l'aube

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L'adaptation d'Eric Barbier colle au roman de Romain Gary La Promesse de l'aube de façon très littérale. N'en déplaise aux scribouillards stipendiés de la presse officielle, le Monde, Télérama and co, ce respect de la lettre du texte n'est pas un défaut rédhibitoire. Nos folliculaires, n'osant pas s'en prendre à ce que nous dit Romain Gary (et par conséquent le film), conscients pour une fois du ridicule qu'il y aurait à se mesurer à un monument de la littérature française, se disent déçus par la piètre qualité esthétique du film, un échec commercial provoqué étant la meilleure des censures.

Pourtant, il nous en dit des choses, Emile-Romain. Exemple :

– J’aime tous les peuples, dit Dobranski, mais je n’aime aucune nation. Je suis patriote, je ne suis pas nationaliste.
– Quelle est la différence ?
– Le patriotisme, c’est l’amour des siens. Le nationalisme, c’est la haine des autres.

(Education européenne, p.246)

Superbe. Le patriotisme, c'est l'amour des siens, et, me permettrai-je d'ajouter, la non-haine de soi et la non-haine des autres.

Dans patriotisme, il y a "père" : parler de mère patrie est un oxymore. Oxymore tragique que Romain, habité par la Mère, en quête désespérée du Père, incarnera jusqu'à son dernier souffle.

Charlotte Gainsbourg a reconnu de façon sympathique que pour la première fois de sa vie, elle avait fait un effort pour tenter de jouer la comédie. Jusque là elle se contentait d'être, incarnant par sa seule présence toutes les idées reçues contemporaines. Une évolution méritoire et de bon augure pour la suite de sa carrière et pour le devenir du cinéma, au moins français.

La comédienne a choisi de prendre un accent polonais et non pas yiddish pour incarner Nina : ça me parait judicieux, la mère de Romain si elle est envahissante, n'est pas castratrice.

L'amour-fou de la mère et du fils pour la France peut surprendre en nos temps de haine de soi. Cet amour était pourtant fréquent, la question de l'assimilation ne se posant tout simplement pas. Peut-être la France était-elle de son côté encore un peu aimable.

Un extrait de Pour Sganarelle, le seul livre non-romanesque de Gary-Ajar :

  • La morale ne saurait intervenir que comme condamnation de tout ce qui est beauté en soi, ce que l’Eglise ne s’est jamais privée de faire à l’époque de sa toute-puissance. Que l’art qui ne chante pas Dieu soit un manquement envers Dieu, un blasphème, que l’art qui n’exalte pas les valeurs dites bourgeoises provoque l’hostilité de la bourgeoisie à l’apogée de sa puissance, voilà l’héritage servile recueilli par le réalisme socialiste dans ses rapports avec la création artistique, et qui transforme le prolétariat libéré en singe posthume de la bourgeoisie*

Amoureux de l'Amour et de la Beauté, beauté des femmes, de l'art, des paysages, des relations humaines, Romain méprisait la morale petite-bourgeoise et, disait-il, "petite-marxiste". Peut-être la photographie du film, trop naturaliste, passe-t-elle à côté de cette transfiguration du réel par l'art.

La seule fois ou Barbier filme la beauté, c'est dans la cathédrale orthodoxe de Nice.

Un choix émouvant mais un peu limitatif : la maison du Seigneur est partout où Il se rend présent, Gary le savait.

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