Splendeurs et misères du dandy romain

Avis sur La grande bellezza

Avatar Clément Nosferalis
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Même en ayant suivi le dernier festival de Cannes d'assez près, je n'avais pas remarqué La grande belleza, qui n'a visiblement pas fait grande impression sur le jury de cette année, ni sur les médias, si bien qu'on en a peu entendu parler, ou ce devait être un jour où je n'écoutais que d'une oreille distraite. En tout cas, on m'a en quelque sorte traîné voir ce film. Un grand merci à celui qui m'y a traîné.

L'introduction m'a tout de suite claqué dans les yeux. Des mouvements de caméra allusifs, un chant choral, des touristes, un monument, tout un travail autour du travelling, et la mort par infarctus d'un touriste devant une vue de Rome. J'adore ces débuts sybillins, façon Andréï Roublev de Tarkovski. Les images de cette introduction se diffusent dans tout le film : la question du touriste, qui selon un des personnages est le seul type bien à Rome, mais également la question de la décadence, la mort des intellectuels italiens, leur vanité, les mondanités de Rome, "grande belleza" qui n'est plus la "Roma" lyrique, tragique et magistrale de Fellini, mais une Rome désabusée, désenchantée, dévastée non plus par la guerre mais par le vide de la vie moderne. En ce sens, je rapprocherai ce film de toute l'oeuvre du génial Denys Arcand, qui lui aussi traite de la décadence des intellectuels. Par ailleurs, c'est, je pense, le fait que la ville a perdu sa force qui fait que le titre a perdu ses majuscules.

L'histoire de La grande belleza tourne autout de l'intellectuel Jep Gambardella, autrefois auteur d'un livre à grand succès, puis journaliste influent et critique de théâtre, au brushing façon Vito Corleone dans Le Parrain. Il est complètement désabusé par sa vie désormais finissante, n'a pas de famille, ne vit que de fêtes mondaines où il est le roi. La mort de son amour d'enfance l'amène à repenser à son passé, et il lui prend l'envie d'écrire un nouveau livre. Autour de lui, ses amis intellectuels, tous ayant plus ou moins raté leur vie, se débattent dans leur petite vie à l'arrêt, minée par le vide et l'absence d'idée, de réflexion, de passion. La seule chose qu'il leur reste, c'est l'humour, c'est montrer que leur vie et celle des autres est risible. Alors, effectivement, le film est extrêmement drôle, avec un grand comique de personnage, et des bons mots très sympathiques. Et c'est là la force du film : dans la puissance des dialogues, et le creusement des personnages, avec une grande finesse psychologique. Car, contrairement au Roma de Fellini, qui montrait des monuments, de grandes images, de grandes idées, le film de Sorrentino est une aventure humaine, nourrie par de très bons acteurs italiens.

Ce qu'on pourrait reprocher au film, c'est son tartinage de références. C'est normal, vous me direz, pour un film sur les intellectuels. Certes, mais Denys Arcand a prouvé qu'on pouvait le faire avec subtilité (voir le superbe Les Invasions Barbares). C'est surtout la référence à Proust qui est, je trouve, de trop : on parle plusieurs fois de Proust pendant le film, et à la fin Jep commence à écrire son roman, comme le Narrateur de La Recherche à la fin du Temps Retrouvé. Trop appuyé pour moi, d'autant que les phrases finales sont d'une banalité assez dommageable, même si tout cela est rattrapé par les images du générique de fin, prise sur le Tibre, avec des gros plans sur les ponts, très bien filmés.

Somme toute, un très bon film, qui je pense aurait pu mériter quelque chose à Cannes, malgré ses quelques lourdeurs pardonnables. En lui souhaitant bonne chance pour la Mostra de Venise et le Festival de Berlin, pour lesquels il fait figure de favori.

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