Tout simplement

Avis sur Lady Bird

Avatar Ines Clivio
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Rien de particulier aujourd’hui pas vrai ? La vie n’est pas particulièrement compliquée. Pas particulièrement facile non plus. On rêve à cette belle maison bleue devant laquelle on passe tous les jours. On aspire au grand amour, à être un peu spécial, un peu différent. On s’engueule avec sa mère, parce qu’on a mal plié son linge. On trébuche dans les escaliers. Il fait trop chaud. Et on a encore grossi. Voilà, c’est ça, aujourd’hui, la vie est simple. Parfois heureuse, parfois malheureuse. Parfois intense, parfois banale. Cette simplicité, c’est ce que Lady Bird, cette fille aux cheveux roses, nous montre pendant 1h et 35 minutes. Tiens, même la durée du film est simple.

Pourtant, elle a pas l’air simple Lady Bird. Déjà, elle a les cheveux roses. Et un plâtre, parce qu’elle s’est jeté d’une voiture en marche. Et un nom bizarre, qu’elle s’est donnée elle-même à elle-même. Et elle veut être au-dessus pour sa première fois. Et comme elle dit « personne n’est au-dessus pour sa première fois ! ». Mais sa vie, à cette Lady Bird, elle est simple. Pas banale. Pas insipide. Pas renversante non plus. Juste simple.

Comment ? Il se passe rien quand c’est juste simple ?
C’est vrai ça. Dans la simplicité, elle est où cette histoire d’amour qui nous coupera le souffle ? Ce truc immense, qu’on oubliera jamais ? Y en a pas. Le premier petit ami de Lady Bird est gay, le deuxième, un gros con. Et alors ? On la trouvera plus tard cette grande histoire.
Dans la simplicité, elle est où cette incroyable réussite, starting from scratch et puis paf, arrivée à Yale ? Y en a pas non plus. Lady Bird est refusée partout. Ah non, elle réussit à être sur liste d’attente. Et alors ? C’est génial, les listes d’attente, même que ça se fête avec son Papa en mangeant des dooritos dans la voiture.
Et dans la simplicité, elle est où cette audition de théâtre fulgurante, qui cloue spectateurs et jury, où tout le monde pleure et d’où on sort avec le premier rôle, et puis le jour de la représentation, la salle se lève et nos parents nous regardent avec des yeux brillants de fierté ? Bah y en a pas. Lady Bird est dans le chœur. C’est même pas un rôle hé. Et alors ? Nos parents viennent quand même nous voir et ils ont peut-être même les yeux brillants de fierté.

Lady Bird, c’est donc cette fille. Cette fille simple, qui va s’acheter des cigarettes, un ticket de loto et Playgirl parce qu’elle vient d’avoir 18 ans. Lady Bird, c’est aussi ce film. Ce film simple, qui nous fait ressortir du cinéma en se disant que c’est pas très compliqué finalement d’avoir 17 ans. Ou 19. Ou 20. Et même au-delà. Enfin, je suppose.

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