Comme quoi un bon coup de propagande de temps en temps ça ne fait pas de mal

Avis sur Le Cuirassé Potemkine

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Le Cuirassé Potemkine est un film soviétique de Sergei Mikhailovich Eisenstein, considéré comme un des plus grands cinéastes de son époque. Il a fait plusieurs autres films, et de mémoire je ne pourrais citer qu’Ivan le Terrible. Ah oui, et bien sûr Eisenstein était spécialisé (si on peut dire) dans les films de propagande à la gloire de l’Union Soviétique. Du coup toutes les scènes que l’on voit dans le film sont bien sûr à prendre avec des (grosses) pincettes…

Le film fut réalisé en 1925 soit une année après la mort de Lénine figure tutélaire de la révolution bolchevique. Et même si Staline fait figure rapidement de grand successeur, et s’occupe à supprimer ses opposants direct que sont Boukharine et Trotski (d’ailleurs ancien leader de l’armée rouge). L’oncle géorgien ne prend d’ailleurs véritablement le pouvoir qu’en 1928, en 1925 nous sommes donc en pleine période de la NEP, sous un régime plus libéral.

Bref, pour en revenir un film. Eisenstein faisait partie jusqu’alors de ces réalisateurs que je connaissais de nom et de réputation mais desquels je n’ai vu aucune œuvre. Bien qu’étant très intéressé par l’histoire de l’Union Soviétique, regarder un film muet, cela ne m’enchantait guère, mais bon, il faut bien se forcer un peu de temps à autres…

Le film traite donc d’un évènement qui s’est passé en 1905, lors de la révolution russe avortée (bien que le Tsar fit quelques concessions). L’action prend place dans un navire de guerre, la « cuirassé Potemkine », qui est amarré dans le port d’Odessa (actuellement en Ukraine sur les bords de la mer noir, si je ne m’abuse), à bord duquel a lieu une révolte de l’équipage, en réaction à des conditions de vie, diront nous, très précaires.

Cette révolte est ainsi montrée comme un des éléments précurseurs des fameuses révolutions de février et octobre 1917. Ainsi, le clivage au sein du navire est censé montrer ceux qui existent réellement dans la société « russe ».
La première étape de cette révolte a lieu au sujet de la ration de nourriture qui est donnée aux « matelots ». De la viande (plus qu’) avariée. Donc la de même extension à un cadre plus grand, Eisenstein veut nous montrer que la population russe ne se nourrissait pas bien. S’ensuit une scène avec le médecin de bord (ou une fonction semblable) qui lui juge que la nourriture est comestible (mais pas pour lui bien entendu). Du coup, indirectement on veut nous faire comprendre que les autorités tsaristes se fichaient royalement des revendications de la population russe sur leur problème d’alimentation.
Une autre scène intéressante est celle qui se passe pendant la nuit, durant laquelle un officier parcours la « chambre à coucher » des matelots et punit sans raison apparente un individu. On veut ici nous montrer la violence aveugle, illégitime, arbitraire du pouvoir en place, qui peut en fait s’en prendre à n’importe qui sans raison. Comme pour nous montrer que la population russe vivait dans la peur et la crainte constamment, n’étant jamais calme, reposée, sereine, car susceptible à n’importe quel moment d’être la cible du courroux des autorités tsaristes.
Un détaille m’a aussi interpellé, le « leader » de la mutinerie, le dénommé (par contre là j’ai dû vérifier son nom car impossible de l’écrire correctement) Vakoulintchouk, a une bien belle moustache qui n’est pas sans rappeler notre bon vieux Staline, alors clin d’œil ou hasard ? Je pencherais plutôt pour la première proposition… D’ailleurs il est intéressant de voir que celui-ci une fois tué et mis sur un piedéstal, entre martyr et figure de proue de la révolution. Comme pour montrer que son sacrifice n’a pas été vain, mais qu’il soit au contraire être un élément déclencheur pour continuer la lutte. D’ailleurs Lénine est mort quelques années plus tôt, et je me demande si malgré le physique à la Staline se personnage n’est pas au contraire mis en parallèle de Lénine, qui est vu (à tort) comme le grand leader de la révolution de 1917. D’ailleurs à part lui il n’y a pas de personnages qui sortent du lot, évidemment qui du communisme dit tout le monde sur le même plan, pas d’individu supérieurs à d’autres…(vous la sentez la fumisterie ?),
J’ai aussi bien « apprécié », et surtout bien ri devant la vision du religieux. Alors là on savait que les communistes soviétiques étaient clairement anti-cléricaux (bien que dans la pratique avec Staline c’est à nuancer), et ici on ne pouvait pas faire plus caricatural ! Déjà bien entendu le religieux est placé du côté de l’autorité infâme en place, dans le navire avec les officiers et donc dans la société proche du pouvoir tsariste, mais en plus il a une tête possible, des cheveux hirsutes en pétard, des yeux injectés de sang, un regard de démon… en gros vous l’avez compris, la religion ce n’est pas bien ! (simplification extrême).
D’ailleurs la bourgeoisie en prend aussi pour son grade dans le film, cela est éphémère mais très marquant. Dans la foule d’Odessa au milieu du « gentil » peuple un bourgeois reconnaissable par sa tenue sort une phrase peu appropriée à la situation (je n’en ai plus le souvenir précis) et se fait directement lyncher par la population.
Je dois bien entendu parler de la fameuse scène de l’escalier, mondialement connu, un peu comme la scène de la douche de Psychose, même si l’on n’a pas vu le film on connait la scène, qui est un des grands moments du film, où l’on voit encore une fois la répression aveugle des autorités qui tirent sur la population. D’ailleurs je ne sais pas si je suis le seul mais quand on voit le landau dévaler l’escalier cela m’a tout de suite fait penser à la scène des Incorruptibles à la gare !
Et le film se finit bien entendu sur une victoire des révoltés qui passe devant un navire venu les intercepter. On n’arrête pas la révolution du peuple ! (zut la propagande a déteint un peu sur moi…).

Voilà, c’est une critique assez en bazar, mais j’ai juste voulu évoquer quelques scènes qui ont retenu mon attention dans ce film, et j’aurais pu en écrire des pages donc il vaut mieux s’arrêter à temps. Et je pense que c’est typiquement le film que j’aimerais décortiquer avec un prof pour analyser chaque scène et chaque message caché, tant le film est révélateur de l’idéologie communiste soviétique.

Ah oui, j’allais oublier de parler de la réalisation… Et bien j’ai été grandement surpris, je m’attendais à un truc super fade, sans relief, mais le film malgré son âge avancé reste très fort, puissant, et frappe encore beaucoup aujourd’hui. J’ai d’ailleurs vraiment apprécié l’aspect sonore du film, on sent bien que c’est un soviétique qui est derrière ! Tout cela m’a donné envie de m’écouter l’hymne de l’Union Soviétique.

J’ai d’ailleurs toujours autant envie de rire en repensant à ce film, avec ce gentil peuple qui se soulève contre le méchant pouvoir tyrannique ! Bouh !!! Et qu’après on regarde ce dont est responsable le régime soviétique, sous Staline , juste le régime le plus meurtrier du XXe siècle (un des plus, si vous préférez) même le régime Tsariste passe pour une (presque) démocratie à côté… (je sais cela est un peu hors propos mais je n’ai pas pu résister à ne pas dire un lieu commun).
PS : Pour ceux qui ont du mal je n'ai rien contre le communisme ...

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