Les sentiers de la perdition

Avis sur Le Jeune Karl Marx

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A la sortie du film, à la fois étonné par la qualité d'un tel film malgré le partis pris voyant et dans une importante réflexion, je me suis dirigé dans un dialogue de pensées avec un ami, telles les Lettres Persanes ou encore les lettres que s'envoient Engels et Marx durant le film. Quant au film, il est d'un grand réalisme, l'époque est parfaitement retranscrite, comme les pensées de Karl Marx et Friedrich Engels. Bien sûr l'histoire mise à l'écran ne manque pas de clichés nécessaires, mais l'ensemble reste happant du début à la fin, totalement immersif. Voici donc le fruit de notre travail.

Moi : Que penses-tu de Marx ? Du communisme ? Car c'est un grand penseur certes, mais il omet certaines choses. Comme les gens qui sont dominés par intérêt, les gens pauvres qui deviennent riches, les riches qui deviennent pauvres etc, lui-même arrive au pouvoir en "décrédibilisant" ses ennemis. En créant une société manichéenne, on s'identifie forcément aux gentils, donc au final jusqu'où est-ce qu'on va ? Car en voulant créer une société parfaite, on finit par en faire une totalement intolérante. Et par exemple, après une vive discussion avec mon père sur le marxisme, le communisme, Mao et Staline, une chose me reste en tête : nous vivons dans un monde où l'on donne suffisamment de biens, pour ne pas faire de révolution au risque de les perdre. Nous sommes comme étouffés, aveuglés par notre condition.

Mon ami : Oui c'est vrai et même si je ne connais que très peu Marx je puis dire que toute utopie est dans la réalité une distopie (cf Le meilleur des mondes). En effet le monde parfait où le tableau est tout blanc est incompatible avec l'Homme qui par sa condition-même est gris, c'est à dire un assemblage de "bon" et de "mauvais". Bien sûr les termes de bon et de mauvais sont sujets à débat car qu'est-ce que le bien et le mal ? Question difficile ! Et qui selon moi dépend du "point de vue" du référentiel, cela dépend des codes qui différent selon les sociétés.
Oui je suis d'accord sur le fait que finalement nous sommes étouffés par notre vie luxueuse. Cela est particulièrement vraie avec la comparaison de notre niveau de vie avec celui de beaucoup d'autres hommes et femmes dans le monde.

Moi : Parfait. Car au final la relation dominant-dominé existe depuis la nuit des temps, et ne sera jamais exclue de notre humanité, malgré les espoirs d'une égalité impossible.

Mon ami : Cependant il n'y a pas que l'égalité et la vanité et la soif de pouvoir sont aussi des facteurs qui ont entrainé ces idéologies dans le totalitarisme.
Pour moi donc l'égalité est à manipuler avec précaution car en voulant une égalité parfaite entre tous on fait atteinte à la liberté de faire fructifier ses talents. C'est pour cela que lorsque certains parlent de la devise française en ne parlant que de la liberté ou de l'égalité ou de la fraternité individuellement ils sont dans l'erreur. La devise est en effet composée de trois valeurs qui ont collés les couleurs : toutes trois ensemble elles donnent du blanc mais si l'une prend la place des autres alors la lumière change et les autres couleurs sont écrasées c'est pour cela que trop d'égalité tue la fraternité et la liberté comme on peut le constater dans les régimes communistes.

Moi : Oui, mais la pensée de Marx de Friedrich Engels est que

« les idées dominantes d'une époque n'ont jamais été que les idées de la classe dominante ».

Pourquoi les hommes construisent-ils des idéologies, selon Marx ? Essentiellement pour se justifier, et se donner bonne conscience. Si je ne suis pas totalement d'accord avec ce qu'il dit car il généralise trop pour que cela soit la parfaite pensée, je ne peux tout de même nier une certaine vérité. Car l'Homme vit dans la dépendance, car même s'il est indépendant, on devient dépendant de cette indépendance, d'où la formation d'une idéologie qui nous est propre et qui nous justifie.

Mon ami : Se justifier est en effet un problème omniprésent dans l'Histoire et l'on peut dire que peut-être l'Homme a besoin de se justifier mais cela nous conduirait vers une fatalité que je combats, en effet la vanité des hommes pousse à trouver des excuses. Mais moi je pense que "les perdants cherchent des excuses tandis que les gagnants des solutions. Cela nous conduit à dire que finalement une idéologie peut être une justification ou une solution. Mais la différence entre les deux est parfois difficile à établir.
Maintenant il faut se rendre compte que finalement toutes les révolutions n'ont été souvent que des inversions de relations de pouvoir, comme nous le dit George Orwell dans 1984.
Les hommes finalement se cachent donc parfois derrière une idéologie qui tel un bouclier leur permet de parvenir à leur fin.
Je fais également une grande différence entre idéologie et philosophie. La philosophie à mon sens est la recherche de la vérité. L'idéologie est le recherche d'un idéal.

Moi : Oui. Effectivement, rien de tel de mettre en place une idéologie nouvelle pour au début contribuer au bien-être de tous et à améliorer certaines conditions, au final faire comme tout le monde. Preuve avec Luther et sa religion créée au niveau des persécutions et autres domaines de prédilection pour lesquels les religions s'étaient habituées.

Mon ami : Or je pense que l'idéal n'existe pas, que le tableau du monde et de l'univers n'est pas tout blanc ou tout noir, que la source d'eau qu'est l'humanité n'est pas pure. En effet je pense que le tableau du monde est une nuance subtile, un mélange complexe de blanc et de noir, que l'eau de l'humanité est pleine de minéraux bénéfiques, mais aussi d'un goût parfois amer.

Moi : Belle métaphore pour décrire cette vaste plaine, cramant sous un pouvoir brûlant, mais où les points d'ombre semblent en apparence des bénédictions.

Mon ami : Le problème avec les reliions, c'est qu'il est trop facile de manipuler les hommes simples d'esprit avec une lecture littérale et bornée. C'est ce qui se passe avec l'état islamique qui manipule des hommes grâce à une religion prise au pied de la lettre.

Moi : Où ce qui est prôné passe pour le Juste, et où l'on revient sur mes premières paroles sur Karl Marx. Encore une preuve de la répétition de l'Histoire, de la répétition de la bêtise humaine à travers les âges. La bêtise n'étant ici pas une drôlerie.
Mes premières paroles sur une société parfaite pour être plus précis, la précision se doit d'être présente en chaque instant.

Mon ami : C'est vrai que l'humanité ne cesse de refaire tout le temps les mêmes erreurs. Elle est toujours là. Les hommes malgré les faux pas ne sont pas tombés dans le gouffre de l'extinction.

Plus l'on sait voir loin dans le passé plus on voit loin dans le futur
Winston Churchill

Moi : Ils ne sont pas tombés certes, mais s'y enfoncent-ils à force de tourner en rond sur un sol meuble ?

Mon ami : Et oui la vie ne cesse de répéter son cycle infernal. Et si les hommes ne mourraient pas alors il n'y aurait peut-être plus de guerre car lorsque l'on a connu la guerre cela m'étonnerait que l'on la désir ou même la provoque encore. Mais cependant voilà, les hommes meurent et renaissent.
Seulement le cercle qu'il crée est assez long pour que la terre ait le temps de durcir à nouveau sous la lumière brûlante de la vérité philosophique et que donc les générations d'hommes puissent vivre dans un monde dans lequel nous pourrons être heureux.
Le pas de l'humanité ne s'enfoncera pas tant que la philosophie sera prônée et clamée par des hommes décidés à avoir foi en cette humanité.

Moi : Cependant, il faut prendre en compte la réaction de la Terre-Mère, car au final, elle aura raison de l'humanité. Si les évolutions techniques ne nous ont permis la duplication de la vie dans l'espace.

Mon ami : Ah nous y voilà ! Nous en sommes donc finalement arrivés à fin de l'humanité. Eh bien oui peut-être qu'un jour la folie d'un homme et le génie de beaucoup d'autres détruiront l'humanité dans des torrents de feu produits d'une nouvelle arme. Où que lorsque notre Soleil nous quittera. Eh bien tant pis mais nous aurons permis au plus grande nombre de pouvoir vivre. Et après tout cela n'arrivera peut-être pas. L'Homme a eu la capacité de détruire l'humanité : la crise de Cuba. Mais cependant je pense que l'égoïsme même des hommes les empêchera de s'entre-tuer. Et puis le progrès technique nous permettra peut-être de pouvoir nous sauver. Donc tout cela pour dire que nous devons tout faire pour que le monde reste beau malgré les tâches qui le souille, et l'offrir comme présent aux générations qui suivront.

Moi : Amen. Sur ce, bonne prolongation dans ton subconscient, car Fatigue me tire la main vers une douceur qui me ravit les paupières.

Mon ami : Je tiendrai juste à ajouter que nous sommes limités, comme tu l'as si bien dit, et notre condition d'humain nous fixe ces frontières que tant d'hommes tentent de franchir à travers le progrès, comme tous les dopages mais aussi les projets du transhumanisme. Bref tout cela pour conclure que je tombe malgré moi de sommeil et rendez-vous bien compte que je désir poursuivre cet échange d'un incroyable intérêt. Mais voilà mes limites me contraignent à dormir et je sens déjà le poids titanesque de mes paupières s'abattre sans bruit sur mes yeux meurtris. Bonne soirée donc et vive la vie !

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