Deuxième (ou premier "vrai") film d'Horreur ?

Avis sur Le Manoir du Diable

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Ce Manoir du Diable est souvent considéré comme le premier film d'horreur. The execution of Mary queen of Scott (août 1895) pourrait cependant lui ravir ce titre, cette production Edison ayant été réalisée (par Alfred Clark) avant la première projection publique du cinématographe (décembre 1895). Même si cette décapitation a officiellement une reconstitution historique, elle invalide l'idée selon laquelle Méliès est le premier à employer des effets pour susciter l'effroi.

En revanche le Manoir du diable est mieux pourvu et immédiatement décisif pour le cinéma. La durée atteste de ses hautes ambitions : trois minutes, encore très long en 1896. C'est un catalogue de trucages et d'archétypes horrifiques (château et chaudron, mais aussi squelettes ambulants, sorcières et sortes de farfadets), à la fois remarquable et un peu frustrant. En effet, on sent parfois les 'ficelles', en particulier pour la chauve-souris (avec ses mouvements artificiels et crispés). Mais Méliès met déjà à profit sa découverte [ou son appropriation, car il y a du flou en ce temps-là] de l'arrêt de caméra (une technique équivalente permettait justement de décoller la tête de Mary Stuart), expérimentée sur Escamotage d'une dame (qui lance les trucages au cinéma) : il l'utilise déjà en abondance et pour une grande variété de créatures et d'apparitions/disparitions.

Le film sera diffusé pour la première fois à la fin de l'année 1896, dans le théâtre Robert Houdin géré par Méliès depuis 1888. Par la suite Méliès donnera des airs burlesques aux monstres et aux diables (Le diable géant ou le miracle de la Madone), son penchant pour la farce trouvant un soutien souvent malheureux dans la stricte comédie (Une partie de cartes), mais excellent dans la fantaisie horrifique (Le Cauchemar en atteste déjà en 1896, Le château hanté confirme en 1897 et toutes les manipulations de têtes égarées en relèvent). Enfin Méliès joue également les défricheurs dans un autre domaine : l'érotisme, avec Après le bal (1897) où il dénude sa future épouse Jeanne d'Alcy en présentant sa face lunaire (coup triple, Méliès avait de la suite dans les idées).

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