Du cul du flasque, le voyeur se réveille

Avis sur Après le bal

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Méliès a réalisé l'un des premiers films d'épouvante ou d'Horreur avec Le Manoir du diable (1896) et laissé des images séminales des origines du cinéma avec Le Voyage dans la Lune (1902). Il est connu en tant que premier maître des trucages et est l'auteur complet d'un demi millier de courts-métrages. C'est aussi l'auteur du premier film érotique, ou plutôt de l'ancêtre dans ce rayon !

Dans Après le bal, une nantie rentre d'une soirée (autrement, c'est improbable) et est déshabillée, lavée, rhabillée par sa femme de chambre (jouée par Jane Brady). Un nettoyage express, peut-être efficace et certainement prétexte, à afficher le corps de cette dame du monde – côté dos afin de sauver l'honneur, ou au moins épargner la morale conventionnelle. Le modèle choisi par Méliès est Jeanne d'Alcy, qui deviendra son épouse dans deux décennies. C'était déjà elle le sujet d'Escamotage, l'opus introduisant les artifices d'illusionnistes du théâtre au cinéma. Après le bal est le quatrième film où elle intervient, sur quatorze ; tous sont dirigés par Méliès, sauf le dernier : Le Grand Méliès en 1952 (encore un court), hommage de la part de Franju (Judex, Les Yeux sans Visage), qui y dirige les membres de la famille Méliès (le fils André jouant l'illustre papa Georges).

À propos de ces flasques révélations, on pourrait émettre des regrets. Vu de loin il est permis de se dire que le film se résume à dévoiler les contours d'une paire de fesses ; mais c'est énorme ! De dos avec ses sous-vêtements, les fesses bien dégagées et le paquet bien rempli – Méliès le second roi du divertissement (le premier est Edison avec son kinétoscope) n'aura pas contribué à flatter la minceur (Trapeze Disrobing Act ne sera pas si téméraire), c'est un parti-pris démocratique (plus peinard qu'intervenir sur L'Affaire Dreyfus). Les quelques tissus recouvrant D'Alcy semblent se confondre avec son corps à cause de leur blancheur, bien que les contrastes pour l'ensemble du décors soient décemment relevés. C'est autrement provocateur que de faire s'embrasser un couple aux traits quelconques (The May-Irvin Kiss – 1896, premier baiser de cinéma, repoussé pour de faux puis bien grassement étalé). Méliès a donc cerné les trois (ou deux et demi) domaines où ses trucages n'étaient pas nécessaires : le sexe, la comédie (et la politique).

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