Et si... "Le Voyage d'Arlo" était un bon film ?

Avis sur Le Voyage d'Arlo

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Préambule (juste pour bien faire pompeux...) : cette critique ne vise pas particulièrement à l'objectivité, elle exprime mon ressenti pendant le film, et ce pour quoi je l'ai apprécié. Bien entendu, les reproches que je décortique ci-dessous ne sont pas nécessairement dénués de fondement. Ce que je cherche à expliquer, c'est que, si ces reproches peuvent être légitimes, les éléments sur lesquels ils reposent ne me semblent pas détruire la qualité globale du film... c'est en tous cas mon avis, et ça tombe bien, parce que je le partage entièrement !

Sorti 5 mois après le succès (mérité) de Vice-Versa, Le Voyage d'Arlo, des mêmes studios Pixar, a beaucoup souffert de la comparaison… mais pourquoi s’ingénier à comparer ce qui n’est pas comparable ? Le Voyage d’Arlo est loin d’avoir la même ambition que le précédent chef-d’œuvre du studio !
Penchons-nous donc sur les reproches qui lui ont été faits...

"Le postulat de départ n'est pas exploité."

Vrai. C'est même le principal reproche qu'on peut faire au film, et un des seuls qui soit tout-à-fait fondé: en imaginant que les dinosaures ont beaucoup plus évolué que les hommes, il y avait moyen de faire 100 fois mieux dans le scénario ! On était en droit d'attendre des villes et des technologies dinosauresques bien plus évoluées que ces dinosaures fermiers, somme toute assez rudimentaires, surtout que Pixar aurait eu - n'en doutons pas - l'imagination et l'humour nécessaires pour faire exister à nos yeux une telle civilisation.
Parce que là, au stade où en est le film, même sans introduire cette histoire de météorite, le scénario aurait pu être exactement le même, en imaginant juste un point de jonction entre des dinosaures un peu intelligents qui savent cultiver (pas besoin d'avoir évolué pendant des millions d'années pour en arriver là !) et l’homme, à ses premiers pas... un truc genre L'Âge de Glace avec des dinosaures, quoi !
Cela dit, est-ce qu'on n'avait pas eu suffisamment d'images dans les différentes bande-annonces pour savoir à quoi s'attendre ? On a eu plus de 6 mois pour s'y préparer ! Et finalement, une fois prévenus, ça passe très bien !

"Le scénario est beaucoup trop simple, il n'y a pas de double lecture ! Ce n'est vraiment que pour les enfants..."

Sérieusement ? La plupart de ceux que j'ai entendus dire ça me disaient pour Vice-Versa: "le scénario est trop complexe, les enfants ne comprendront jamais !". Il faudrait savoir... Certes, la simplicité du scénario en fait un film davantage tourné vers les enfants, mais il n’est pas dit qu’aucun adulte ne pourra y prendre du plaisir en retrouvant son âme d’enfant devant ce western atypique, qui introduit une morale familiale somme toute assez sympathique.
D’ailleurs, la morale, venons-y ! C’est peut-être le seul point commun entre les deux produits Pixar sorti la même année, une morale intelligente comme seul Pixar sait en faire : là où Vice-Versa cherchait à faire comprendre aux plus grands en quoi les épreuves étaient nécessaires pour nous permettre d'avancer dans la vie, Le Voyage d’Arlo parvient sans difficulté à faire comprendre la même chose, mais aux plus jeunes.
Si le design des personnages peut sembler assez caricatural, ce n’est en rien le cas des relations qui se dessinent entre les personnages, notamment, bien sûr, entre Arlo et Spot, d’une finesse toute propre à Pixar, mais également entre Arlo et son père, ce dernier formant un personnage remarquablement équilibré, à la fois sévère et aimant envers un fils décevant, mais qui reste avant tout son fils, et qui mérite d'autant plus son attention paternelle.
Pas de double lecture, peut-être, mais enfin, la morale est toujours là, et c'est bien une morale à la Pixar, inhabituelle et vraie, comme on les aime... une morale qui nous (ré)apprend :
- qu'il faut trouver sa place dans la famille et aimer ses parents (tant qu'ils assument leurs responsabilités, bien sûr), car c'est eux qui nous aideront à triompher de nos angoisses et des difficultés que nous rencontrerons dans notre vie. S'il y a un point qui est ici (bien) traité, c'est la transmission des valeurs du père au fils...
- qu'il ne faut pas éradiquer ses peurs, mais apprendre à vivre avec elles pour mieux avancer dans la vie.
- qu'il ne faut pas rejeter les épreuves dans la vie, mais au contraire, qu'il faut les accepter et leur faire face avec force et courage pour en sortir grandi.
- qu'il faut parfois mieux écouter sa raison que son coeur, y compris si la raison nous dicte des choix qui risquent de séparer définitivement deux amis très unis, car la vie est faite de choix difficiles à faire, mais de choix nécessaires, qui nous apprennent à mettre l'intérêt général au-delà de notre intérêt personnel.
Qui mieux que Pixar a su nous apprendre d'aussi belles leçons ? Est-ce que vraiment, il y a des gens pour trouver ces morales inférieures à celles que Pixar nous avait déjà offertes auparavant ?
Et si le film semble s'adresser en priorité aux plus jeunes, c'est normal ! Leurs aînés ont eu Vice-Versa quelques mois plus tôt, pour apprendre exactement la même chose...
Il faut tout de même reconnaître que le scénario souffre d'un sérieux problème de rythme entre le moment où Arlo se perd et où il rencontre les tyrannosaures (les baies hallucinogènes qui ne servent strictement à rien, le styracosaure plus qu'inutile, etc...), mais dès l'introduction dans le récit de nos trois cow-boys T-Rex, le film décolle et maintient un rythme constant jusqu'à la fin.

"Les personnages sont moches, et le photoréalisme des décors ne sert à rien !"

Discutable. Le design des personnages, pas très fin, m'a déçu... dans la première bande-annonce ! Là encore, on a quand même eu au moins 6 mois pour savoir à quoi s'attendre. Une fois qu'on l'a accepté, c'est tout-à-fait supportable. D'ailleurs, les personnages s'intègrent finalement bien à un décor dont le réalisme, quoiqu'on en dise, est d’une magnificence de tous les instants. Et à ceux qui ne comprennent pas l’intérêt pour un dessin animé de reproduire la réalité avec exactitude dans les paysages, je ne dirai qu'une chose : regardez le film ! Esthétiquement, c'est sans doute le plus poussé de Pixar jusqu'à aujourd'hui ! Qu'est-ce qu'il vous faut d'autre ?

"Il plagie d'autres films sans être aussi réussi."

Vrai et faux. Pixar a fait mieux ailleurs, c'est vrai. Disney aussi. Evidemment, la relation entre Arlo et son père évoque Le Roi Lion. Mais est-ce un plagiat pour autant ? Déjà, que Disney plagie Disney, ça ne ma paraît pas être d'une gravité exceptionnelle, mais surtout, pourquoi Arlo reprend-il les thèmes du Roi Lion ?
Peut-être parce que ces thèmes sont pour Pixar toujours d'actualité, et que les studios trouvent important de continuer à transmettre les messages perpétués par Disney depuis un certain temps... Surtout que ce ne sont pas tout-à-fait les mêmes aspects qui sont soulignés dans Le Roi Lion ou Le Voyage d'Arlo. Dans Le Roi Lion, tout le monde a été ému par la mort de Mufasa, mais sérieusement qui aurait pleuré si on avait vu Timon et Pumba quitter Simba ? Dans Le Voyage d'Arlo, la mort du père peut sembler bâclée (et c'est vrai qu'elle est trop rapide), mais qui est resté insensible lors de

la séparation définitive entre Arlo et Spot ?

Car, comme dans tout Pixar qui se respecte, l'émotion est toujours aussi présente dans ce film que dans les précédents, notamment à travers deux scènes proprement incroyables :

celle où Arlo et Spot évoque chacun la disparition de leur famille, scellant définitivement leur amitié, et bien sûr, celle citée ci-dessus où Spot retrouve une famille, mais doit alors se séparer d'Arlo...

Deux scènes brillantes qui nous rappelle que Pixar sait toujours aussi bien manipuler les sentiments du spectateur !

Alors, certes, Le Voyage d’Arlo n’est pas tout-à-fait le chef-d’œuvre Pixar qui aurait pu avoir lieu avec un tel scénario, notamment à cause d'un gros problème de rythme dans sa première moitié, mais on est loin de l’échec : une fois qu'il a trouvé son rythme, Peter Sohn parvient tout de même à introduire une vraie poésie, soutenue par la superbe musique des frères Danna, poésie qui permet tout à la fois de rêver, de s’amuser, de pleurer. Comme dans un Pixar, quoi !

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