Une splendeur exhibitionniste !

Avis sur Mektoub, My Love : Canto uno

Avatar Simon Deschamps
Critique publiée par le

Envers et contre tous (surtout contre sa propre parano), Kechiche, de films en films, de polémiques en polémiques, se construit peu à peu la plus solide filmographie de cinéaste français du 21ème siècle.

Qu’on aime ou pas le personnage public, détestable selon moi, impossible de ne pas rester indifférent devant son cinéma. Entre L’esquive et La vie d Adèle, deux films que j’adore, et des films plus mineurs mais pas déshonorant (Veuve noire), la force de son cinéma ferait jusqu’à oublier les conditions de tournage souvent déplorables et son comportement de tyran qui les accompagne ! Des collègues lillois, qui ont travaillé sur la vie d’Adèle, m’ont livré quelques anecdotes représentatives de l’humeur générale du monsieur.

Passons ce petit préambule, qui n’a aucune considération cinématographique.
Car, de ce coté là, Kechiche est au top.

En prenant le parti de raconter un été situé en 1994 et par le biais d’une bande d’amis aux affinités très ancrées, Kechiche prend le risque de perdre un peu son spectateur, mais la magie opère, le film emporte tout. On lit en eux le portrait d’une jeunesse universelle, symbolique et similaire à celle d’aujourd’hui. Dont je faisais partie, il n’y a pas trop longtemps (j’espère).

Le film débute tambour battant par une sublime séquence où tous les enjeux principaux sont fixés. Amin découvre Ophélie Bau avec son cousin, il semble amoureux d’elle, elle a un copain parti au front, son cousin fricote avec d’autres. On est partis pour 3h en leur compagnie, et c’est splendide.

L’identification avec Amin est immédiate, il semble un peu à part, il fait partie de cette bande, prend part à toutes les actions collectives. Mais il fait toujours un pas de côté, il observe, il écrit, il réfléchît sur tous ses camarades qui eux plongent dans un rôle, une mise en scène d’eux même.

La grande force du film est de donner une vraie crédibilité au groupe d’amis que nous suivrons. Tous ces personnages semblent se connaître depuis longtemps, les liens familiaux sont hyper réalistes et crédibles. L’identification avec le personnage de Charlotte fonctionne alors à fond, elle peine à trouver sa place, peine à « trouver » son personnage face à tout ce monde. Au contraire de son amie Céline, qui tout de suite, existe aux yeux de tous et qui en joue beaucoup.

L’action se passe en 1994, pourtant il est flagrant de constater qu’aucun élément ne le souligne, l’action pourrait se passer de nos jours. Les personnages sont habillés à peu près comme aujourd’hui (bon je ne suis pas un spécialiste de la mode en 1994 non plus) mais j’ai l’impression que tout, dans la mise en scène de Kechiche, tend vers la représentation d’une jeunesse indéfinissable, indémodable.

Les amours d’été sont symptomatiques de cette période de la vie, où chaque relation suit un rythme effréné. On passe du tout au tout, on se cherche soi même et on cherche en l’autre ce qu’on ne trouve pas en soi ! Toutes ces relations ont une date de péremption rapprochée de la date de consommation.

La caméra navigue à temps réel dans ces instants de vie captés, là où tout se joue, où tout de défait. Où l’on se construit sur des ruines parfois. La séquence de la boite de nuit est un bon exemple. Elle dure jusqu’à l’usure, mais en 25 minutes où tout semble superficiel, surjoué , où les corps sont montrés, parfois de façon plus ou moins classe. Mais Kechiche n’est jamais dans une démarche voyeuriste, ces corps sont une façon pour ces jeunes de s’exprimer, de communiquer. Sa caméra caresse les corps, des jeunes et des moins jeunes. Ils sont tous à égalité. Les nombreuses séquences de plage le démontrent avec force.

Le corps humain n’a jamais été mieux filmé au cinéma que par Kechiche.
J’aime beaucoup que le film se termine sur une note plus douce. Les personnages sont déjà mélancoliques par rapport à cet été qui se termine, et qui semble déjà appartenir au passé.

Kechiche a encore touché juste, il parle aux générations présentes, et celles qui arrivent sauront se retrouver dans le propos universel sur la jeunesse qui s’explore et se découvre.

Il paraît que la suite du film est très mauvaise, qu’il fait tout le contraire de ce qui était réussi dans ce film là. Surement une manière pour Kechiche d’illustrer sa marginalité dans le paysage cinématographique français, ça reste sa force et sa faiblesse. A suivre !

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