Le boutiquier philosophe

Avis sur Meurtre d'un bookmaker chinois

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Tourné après son grand succès Une femme d'influence, Meurtre d'un bookmaker chinois est l'occasion pour Cassavetes de s'aventurer dans les eaux du film noir. Le résultat est vraiment débraillé, avec un côté Ferrara gueule de bois (4h44, Go Go Tales), où l'auteur exprime à tous degrés son rejet d'Hollywood et les règles de son marché. Comme toujours Cassavetes laisse champ libre à ses acteurs, leur confiant presque un objectif les suivant docilement, parfois sans nuances. Ici c'est caméra à l'épaule, dans des dispositions assez cavalières, au service d'un voyeurisme du rien du tout.

La balade se déroule avec Cosmo Vitelli, directeur d'un cabaret un peu miteux près de Los Angeles. Le spectateur est amené à se divertir de son rythme de vie ou de ses petites saillies boursouflées sans éloquence ; ou à suivre de façon amorphe cette route sinueuse et grasse, avec épanchements libidineux pour réveiller. Le cynisme de Cosmo est mâché avec insistance mais complètement flétri. Pourtant comme à son habitude, Cassavetes arrive à leurrer une certaine intensité, en étant ainsi collé à des situations bêtes ou vaines, mais néanmoins grouillantes au même titre que n'importe quel morceau de vie spontané. En dépit de ses ostentations, le programme reste mené sans vision, avec prétention à l'authenticité.

Sans aller jusqu'à le remplir, Cassavetes arrive toujours à occuper le vide, par la gestion des stocks, les embrouilles avec les mafias alentours, puis l'affaire du chinois qui se profile. Ce sera plus intéressant après le meurtre, où s'étalent blues et challenges des petits marquis de l'économie souterraine. Quand Meurtre d'un bookmaker verse dans le polar (érotisant), il a un peu plus de punch, une capacité à conclure. Avant et autour, la boutique 'sexe' est dans un piteux état. Le final où Mr Sophistication (c'est dans le texte) vient sombrer souligne néanmoins toute l'abyme à portée. Souligner l'agonie du clown est amusant pour les clients de Costelli. Cassavetes voulait probablement montrer ce que c'est de l'autre côté, quand le divertissement est fané.

https://zogarok.wordpress.com/2015/04/11/meurtre-dun-bookmaker-chinois/

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