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Avis sur

Moonlight

Avatar bossnigger
Critique publiée par le

A quoi ça sert de faire des grandes affiches qui prennent double place dans les couloirs du métro pour forcer de ouf sur des films qui sont au final pas si bien ? Okay, ça fait faire des entrées que le film aurait pas forcément faites s’il avait été vendu plus sagement. Hier, la salle était blindée et l’autre salle, c’était Ca Ca Land et c’était complet aussi. Quelle vie. Le jour où je fais un film, je mettrai les emojis al dente, l’aubergine et des gouttes d’eau comme commentaire sur l’affiche, je pense que ça ramènera le monde entier dans la salle. Ça ramènera même les morts dans la salle comme pour une élection du RPR. Ça sera le feu, ça sera mythique, ça tuera et y aura sans aucun doute un enfoiré comme moi pour dire « c’est tout ? » à la fin.

Moonlight, en léger, c’est un bon petit film. Il a son concept (même si dans un mauvais jour, ça aurait pu me paraître hyper poseur comme façon de faire) de raconter la vie de ce Chiron à trois âges de sa vie : enfant, ado, jeune adulte. On nous l’avait vendu comme un film sur ce que c’était que d’être noir et gay aux USA et autant, sur la partie être noir, c’est sans équivoque, autant sur la partie être gay, c’est plus ténu mais ça dépend de comment chacun verra le film ça. J’ai eu l’impression que ça parlait beaucoup de l’environnement et de l’entourage (positif et surtout négatif) comme corollaire majeur de la construction d’un individu. En mode, à force de se faire traiter de pédé, Chiron pense l’être, du coup il expérimente une fois avec son pote et nous apprend à la fin qu’il n’a plus jamais (été) touché par qui que ce soit depuis. Au delà d’un film sur l’homosexualité, je pense qu’on est surtout sur le portrait d’une identité qui se construit difficilement.

Ça, c’est pour la partie vraiment intéressante du film. Elle réserve de belles et bonnes scènes et la troisième partie du film, dans le resto et les retrouvailles des deux personnages, c’est du bon. Pour le reste, qui a vu The Wire sera en terrain connu. Que ça soit dans la partie enfance ou adolescence, le portrait de la mère qui commence à se camer, au bord du gouffre et reprend sa vie en main, les terreurs des bacs à sable, la fétichisation de la misère et j’en passe : on a fait le tour sur HBO et à la vision du film, ça peut laisser perplexe. Ambiance « c’est ça votre chef d’oeuvre ? », « c’est ça le film qui va me marquer au fer rouge et que je n’oublierai jamais ? ». A force de pudeur et d’épure, le réal ne nous embarque pas autant qu’il le voudrait dans le parcours de Chiron et les moments qui fonctionnent émotionnellement parlant sont ceux qui se raccrochent à des tropes usités maintes et maintes fois et sont sûrs de marcher (une mère qui rejette son fils, l’ado martyrisé par quasiment tout le monde, etc.) alors que le film est tout de même dans une volonté d’aller au delà des clichés (ce qui marche pas mal avec le portrait de son père de substitution) et montrer le mal qu’ils peuvent faire sinon (alors Chiron, vraiment gay ou dans un tel manque d’amour et de contact humain qu’il se jette dans les bras de son pote (après qu’ils se soient bien défoncés la gueule en plus) ? Hassoul, à vous de juger.).

Il y a des choses qui auraient pu être intéressantes comme la masculinité de Chiron qui s’exprime par une transformation physique et la création de sa carapace mais il ressemble trop à 50 Cent pour être honnête et surtout, le côté mutique du personnage finit par passer pour une facilité. En fin de compte, on projette, on projette, on projette, on finit encore une fois par scénariser le film nous même (surtout qu’à côté de ça, l’auteur ne se foule pas trop, que ça soit à l’écriture ou à la mise en scène, assez Wong Kar-Wai-esque) comme si on nous tendait les feuilles blanches et des crayons du HB au 4B en passant par le 2H et que c’était à nous de faire les contours, les nuances et grossir ou affiner le trait. Cette fausse subtilité qui finit par passer pour une sorte d’anti-jeu de la part des auteurs, ça commence à devenir lassant et un peu facile et ça en fait un petit film sympa mais on est loin des giclées de sperme qu’il y a sur les affiches du métro.

Après j’ai l’impression d’être sûr avec le film et que s’il n’y avait pas eu ces pubs, j’aurais été plus indulgent et peut-être même surpris. Là, j’avais vu la bande-annonce qui me chauffait, j’ai lu deux-trois bonnes critiques puis j’ai subi l’assaut de dithyrambes du métro. Peut-être qu’il faut calmer le jeu sur ces pubs. Peut-être pas, peut-être que sans elles, ça aurait pas blindé la salle et qu’une fois le film fini je n’aurais pas eu droit à l’expertise parisienne derrière nous qui se lançait dans de grandes analyses critiques dignes du Cercle de Canal + avec le même taux de platitudes et de lieux communs que tout le monde avait captées mais qu’ils se sentaient obligées d’exprimer bien fort histoire que tout le ciné entende qu’ils avaient capté le film. Au final, c’est plus à cette problématique que j’ai pensé pendant le film qu’à celles que Barry Jenkins m’exposaient.

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