Méritocratie

Avis sur Night Call

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Au-delà du thème principal sur les tendances naturelles des médias de masse à l’obscénité, thème déjà largement exploré par le cinéma, j’ai davantage été intéressé par le portrait, ici réalisé, d’un pur produit contemporain des logiques de la domination marchande. L’arrivisme déshumanisé de notre personnage étant la conséquence directe de ses talents d’observation et d’adaptation au monde qui l’entoure ; c’est somme toute un très bon élève de terrain, attentif et ne reculant pas devant les sacrifices(1). Né dans un milieu plus favorable, on ne peut douter qu’il serait sorti brillamment d’une grande école de commerce avant de commencer son ascension (2); hélas, les circonstances qui sont les siennes ne lui laissent aucune marge de manœuvre et il sait fort bien qu’il va lui falloir forcer son destin (3), s’il veut émerger et conquérir sa place.
Et puis, cela tombe bien, il n’aime pas les gens (4), amour qui n’a décidément nul espace dans les logiques désignées ci-dessus. Si bien que, devant de tels mérites, plus rien ne semble devoir s’opposer à sa pleine reconnaissance par les tenants du système. Qui dira encore que chacun n’a pas sa place dans cette société quand il veut bien se donner la peine (5) ?
(1) On notera un léger glissement du sens de ce terme en notre contemporanéité puisque lorsque l'on parle de sacrifice, c'est devenu, très généralement, le sacrifice des autres*; ce qui le rend du coup beaucoup plus aisé.
(2) *De même, lorsque l'on parle d'*ascension sociale, tout le monde sait désormais que cela consiste à marcher allègrement sur la tête des autres. Certains possèdent d'évidence des capacités toutes particulières en cet exercice.
(3) Voilà encore une expression, à la belle sonorité héroïque, pour laquelle on préférera s'abstenir le plus souvent d'évoquer les moyens mis en œuvre pour son déploiement.
(4)Par la formule banalisée "les gens" se détermine désormais le plus souvent l'éloignement croissant aux autres en général. Catégorie de laquelle le système marchand nous a soigneusement enseigné qu'il n'y avait rien de bon à en attendre et qu'elle se réduisait finalement à un encombrant obstacle à notre avancée. On remarquera toutefois qu'obstinément, pour les autres, les gens c'est nous; voilà bien la preuve de leur incurable mauvaise foi !
(5) Dernier résidu de la morale chrétienne, la réussite sociale se doit de rester associée, au moins dans son apparence, à une certaine souffrance; que l'on espère la plus éphémère possible ...

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