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Avis sur Portrait de la jeune fille en feu

Avatar Motherfuck
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Compte tenu de sa Queer Palm glanée à Cannes (on ne dénombre décidément plus les prix sans valeur), je craignais que Céline Sciamma adopte un ton délibérément laudatif, qu'elle troque une authenticité historique pour valoriser l'impératif féministe. Cela aurait probablement gauchi le film et lui aurait retiré ses réelles qualités.

Elle ne l'a pas fait et s'offrait donc la possibilité d'un oeuvre féminine réussie. À en croire la majorité des critiques il semble que cette possibilité soit devenue un accomplissement. Ce n'est pas mon avis.

Quelques points positifs avant de tailler les défauts.

Une qualité esthétique certaine - le film a d'ailleurs remporté le prix de la photographie à la dernière cérémonie des César (Claire Mathon) -, un soin remarquable apporté à la composition de nombreux plans (les poses d'Héloïse, les promenades en front de mer, les moments d'intimité des deux amantes), et des décors et costumes heureusement choisis.

On remarque en outre une nette filiation avec La leçon de piano de Jane Campion, j'aurais presque envie d'évoquer un mimétisme, voire un remake, à la lumière de quelques scènes particulièrement proches (le débarquement initial) et d'un scénario ressemblant.

Jane Campion avait toutefois réalisé un film pleinement romantique, assez frugal d'ailleurs, mais qui ne s'encombrait pas d'un carcan artistique, d'une réalisation trop visible, manipulée et, en définitive, artificielle.

Ici, l'amour qui se voulait viscéral est trop faussement rendu. Les choix visuels de Céline Sciamma engendrent un film excessivement cérébral, complexe plutôt que profond, peu sensuel et long.
Je peux comprendre l'absence de musique pour inviter le spectateur à se concentrer sur l'image et le jeu, mais les silences en deviennent étouffants et les actrices ne sont simplement pas au niveau. Les dialogues sont ponctués par cet éternel mutisme qui précède chaque réponse et, à se vouloir pertinents, ils paraissent finalement creux.

Le romantisme affiché ne reste que de façade, il est mis à mal par la frigidité des interprètes, lesquelles sont froides et tendues, trop rarement sensuelles. Adèle Haenel a du mal à s'extirper de la caricature enragée qu'elle semble vouloir adopter aussi bien dans son jeu qu'en dehors de ses rôles (incapable de débiter son texte sans desserrer les dents). Noémie Merlant oscille avec une virtuosité de bipolaire entre sa figure figée et altière et son air rasséréné de trentenaire amoureuse.

Tout cela devient pauvrement théâtral - du théâtre télévisuel, retransmis, indirect - et laisse son spectateur d'abord exsangue puis hilare devant le ridicule de la dernière scène totalement foirée.

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