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“We all go a little mad sometimes”

Avis sur Psychose

Avatar Sergent Pepper
Critique publiée par le

L’incursion d’Hitchcock dans les abîmes de la perversité est une réussite magistrale. Alors qu’on aborde des sujets complexes et retors, c’est par une certaine économie de moyens que la construction du récit fonctionne.
C’est un film sur le solo. Certes, la séquence d’introduction, par une caméra intrusive (qui préfigure l’activité de voyeur de Bates) nous invite à observer un couple, et le personnage de Bates ne peut être envisagé sans sa mère.
Mais les séquences les plus importantes sont celles, maniaques, où l’on organise son projet. La fuite pour Marion Crane, le nettoyage pour Bates, l’enquête pour le détective. Chacun son tour, sans réelle autre continuité que celle de l’enquête, où les quilles tombent progressivement. De longues scènes souvent silencieuses évoquent la mise en scène millimétrée du réalisateur aux commandes. Froid, méthodique, il nous propulse dans des psychés motivées, et, pour les plus efficaces d’entre elles, fascinantes et effrayantes à la fois. Le choix du numéro de la chambre par Bates en est l’archétype : en une fraction seconde, tout a été décidé, la tragédie est écrite.
Pour les accompagner, une voix interne, off ou verbalisée, qui crée une illusion de dialogue et pose les bases de l’aliénation.
Bates, interprété par un Perkins tout en sourire de scout et voix douce, au regard de plus en plus intense, est un des immenses personnages de l’histoire du cinéma.
Dans un décor extraordinaire, où plus personne ne vient, seuls s’échouent ceux qui fuient ou ceux qui cherchent les disparus. La maison, lieu-personnage en surplomb sur le motel labyrinthique observe les protagonistes de ses fenêtres illuminées, aux prunelles fantomatiques tantôt irisées d’une silhouette inquiétante.
La construction des plans répond à la même logique perverse et obsessionnelle. Un léger décadrage, un gros plan inquiétant (Bates mâchant du chewing-gum, en contre plongée alors qu’il consulte, tendu, le registre scruté par le détective, une pure merveille), la montée d’un escalier en zoom arrière ou la plongée sur le corridor empêchant de voir le visage de l’assassin : tout fonctionne dans la densité, et la mise en scène, si elle est virtuose, n’est jamais ostentatoire, toujours au service du propos. A la scène saccadée de la douche répond ainsi le plan séquence d’observation des traces de la victime dans sa chambre.
L’équilibre de la construction renvoie bien évidemment à la maîtrise absolue de ses névroses par Bates. Le souci du détail, qu’on retrouve dans les gros plans (le rideau de douche se détachant des œillets, la bonde, les oiseaux empaillés, jusqu’à l’écriture de Marion et les infimes fragments de ses calculs restés dans la salle de bain) accroît la fascination pour un monde glacial et machinal. La célèbre musique achève la tension, par cette rythmique soutenue et ses mélodies haut perchées qui trouvent leur acmé dans les scènes d’assassinats, hurlements à nouveaux maîtrisés et effroyablement réguliers.
Certes, la séquence explicative finale plombe quelque peu l’intensité qui précède. Mais c’est justement son caractère discursif et didactique qui par contrepoint révèle tout ce qui suscitait la fascination du spectateur jusqu’alors : silence, gestes, déplacements et point de vue, soit la quintessence d’un cinéma pur, affranchi de ses modèles littéraires.

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