Quand on lâche le gouvernail, il tire immanquablement à gauche

Avis sur Scandale

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Critique publiée par le

Je vais en choquer certains en affirmant que le hashtag Metoo commence à me gonfler.

... Au cinéma.

Car à force de vendre un film sur ce seul et unique motif, aux allures d'alibi, cela me laisse l'impression que les oeuvres qui s'en réclament n'ont que cela à mettre en avant pour remplir les salles.

Un alibi aux allures de garantie, aussi, puisque ne pas aimer reviendrait presque, en ces temps de simplification lamentable de la pensée, à avouer qu'on est, au mieux, un sacré macho, au pire, que l'on cautionne le harcèlement et les outrages.

Tout ce que j'attendais de ce Scandale, c'était de retirer quelque chose de neuf concernant l'affaire, les rouages de la perversité et de son grand instigateur, marionnette qui tendait l'oreille aux puissants.

Scandale ne fait que répéter l'histoire connue de tous, sans la prendre à bras le corps ou encore lui appliquer un angle nouveau. Car il est sûr de faire autorité du fait du mouvement qu'il représente que l'on ne peut qu'approuver.

Scandale sera donc une incarnation de la paresse paroxystique de ses auteurs, entre les mains d'un metteur en scène qui ne met en scène rien du tout. Pas si étonnant de la part de Jay Roach qui, à son tour, semble vouloir prétendre à la reconnaissance et au sérieux qui requiert que l'on se prenne le menton entre le pouce et l'index en faisant semblant de penser.

Celui-ci ne renouera donc à aucun moment avec ce qu'il avait pu offrir, dans un certain état de grâce, avec Dalton Trumbo, en privilégiant l'anonyme le plus total, en posant sa caméra là où s'agitent ses donneuses d'ordres.

Scandale sera un film des plus étranges. Il loupera même carrément le coche, à mon sens, en faisant du persécuteur, dans un contresens meurtrier, le personnage le plus "fascinant" de ses presque deux heures de projection. Fascinant par la seule incarnation de John Lithgow souverain, saisissant toutes les failles de son alter ego, restituant sa paranoïa, ses accès de colère, sa faiblesse et son fétichisme finalement des plus cheap.

Au point d'en déduire, quand on y repense à la fin de la projection, ne pas avoir ressenti une empathie particulière pour ces trois générations de journalistes sous emprise, Scandale livrant, en cette matière, une drôle de peinture des relations nourries par les femmes entre elles, naviguant entre la jalousie, les rivalités, l'ego... Et la jalousie, le tout dans un climat de travail dans une rédaction en forme de pétaudière au fumet nauséabond.

Le tout marinant dans un consommé de clichés des plus classiques du combat pour briser la loi du silence, alors même qu'en resserrant son cadre, ou encore en adoptant un feeling thriller, évoqué le temps d'un dialogue sans plus jamais être exploité, Jay Roach tenait là un sujet en or.

Sauf que Scandale ne sortira jamais des sentiers battus, en adoptant le classicisme d'une tristesse à pleurer et la sagesse d'une dame patronnesse, au lieu de tirer parti de l'humiliation ressentie, de l'incompréhension des victimes, de l'ardeur au combat qui auraient pu être mises en avant.

Il faudra donc attendre quelques maigres scènes qui traînent en longueur pour s'indigner, ou encore des témoignages glaçants portés en voix off pour réellement s'émouvoir et éprouver de l'empathie, alors même qu'ils sont pourtant traités comme un vulgaire documentaire pseudo criminel passant sur la TNT à longueur d'année.

Les trois actrices vedettes, elles, n'ont que peu d'espace pour exprimer leurs talents. A ce jeu, Margot est la mieux servie, bénéficiant de scènes d'émotion plutôt bien menées. Charlize, la productrice, forcément militante, de la chose, tirera la gueule d'un bout à l'autre de son Scandale qu'elle semble pourtant porter à bout de bras. Mais le plus dommage, c'est de constater que Nicole, à l'écran, ressemble de plus en plus à une caricature d'elle même voulant toucher à l'intemporel, tellement son visage est devenu lisse et sans aucune expression. La faute à son chirurgien esthétique ou aux éventuelles prothèses requises par son rôle.

Mais cependant, tout regrettable qu'il soit dans l'occasion manquée qu'il constitue, Scandale, alors qu'il peine déjà à traiter le coeur de son sujet, sera alourdi, dans sa première partie principalement, de ce qui pourra être perçu comme un tract parfois insoutenable de la bien pensance démocrate, se croyant obligée d'investir l'oeuvre comme un véhicule de la propagande politique qui se rêvera à prendre sa revanche.

Cela fera à coup sûr bander le lecteur bien sûr éduqué des Inrocks, qui se demande cette semaine, oh coïncidence, comment arrêter le vilain TruTump. Sauf que manque de bol, Scandale sera au contraire la nouvelle manifestation de la gauche du spectacle assénant ce qu'elle rêverait être un progressisme faisant du sur place... En s'adressant au public qu'elle voudrait convertir comme à de parfaits abrutis.

Tout y passera donc : affirmer que la vilaine Fox News, c'est le caniveau de l'info, que ceux qui s'en abreuvent sont des veaux de cathos néo conservateurs, que Trump est une merde, un idiot et un malotru (le scoop !), ou encore, via l'évocation de posters d'Hillary Clinton, que c'est celle-ci qui devrait être la prochaine présidente des Zétas-Zunis.

On croit donc rêver de telles leçons de morale dérisoires et arrogantes, masquant mal le dépit et la volonté de cette pseudo élite de la pensée, de rejouer le match ou encore de préparer la prochaine élection présidentielle américaine pour faire échec au vilain qui a crevé un renard pour en mettre la fourrure sur sa tête.

La preuve ultime que Trump, la biodiversité, il n'en a rien à carrer.

De telles leçons de bien votance assénées à coups de masse pourront faire rigoler, ou indigner. Car de liberté de penser, il n'en est tout simplement plus question. Une volonté qui vampirisera littéralement ce Scandale, en raidissant le spectateur à qui l'on dicte littéralement la couleur du bulletin à mettre dans l'urne.

Des démocrates toujours prompts à donner des leçons en oubliant leurs propres travers. Puisque figure, dans leurs rangs, un porte-étendard ultime du féminisme qui aura pourtant, tout au long de sa vie politique et de l'exercice du pouvoir, fait porter les cornes à son épouse, sans vergogne ni retenue. En mentant carrément à son peuple en direct.

Tout cela ne manque pas de sel, si vous voulez mon avis. Contrairement à ce Scandale qui ne mérite pas trop son titre.

Behind_the_Mask, qui milite pour la protection des renards.

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