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Avis sur Scènes de la vie conjugale

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Tourné pour la télévision suédoise et diffusé en un feuilleton fleuve de 6 épisodes Scènes de la vie conjugale a eu droit à sa sortie cinéma en version raccourcie comme Fanny et Alexandre.

6 épisodes de la vie d'un couple.

Marianne et Johan sont le couple modèle aux yeux de leurs amis et de leur entourage; A tel point qu'une journaliste vient les interroger pour comprendre le secret de leurs 10 ans de bonheur(s).
Ils ont chacun un métier reconnu qui les met à l'abri du moindre souci matériel, deux filles en parfaite santé et des parents dont ils se disent proches. Ils se livrent à l'interview entre fausse modestie et condescendance qui éveillent l'attention du spectateur à l'affût.
Les enjeux du film sont déjà posés dès cette première scène qui présente son couple vedette, son histoire et résume son passé.
Les deux premiers épisodes, Innocence et panique et L'art de cacher la poussière sous les meubles sont ceux des faux semblants. L'illusion du bonheur, de l'amour et de la complicité. La félicité conjugale affichée comme étendard est leur fierté, notamment quand ils voient, au cours d'un dîner, un couple de leurs amis se déchirer violemment et cruellement. Cette agression dont ils sont témoins les renvoient à leur propre situation et à l'image de leur couple. La lucidité ne va pas encore les éclairer et ils s'autocongratulent du fonctionnement de leur duo. Ils sont et restent prisonniers du regard des autres.

Les masques tombent

L'étude de l'intimité et la proximité du couple permet de voir les petits riens, les événements quotidiens qui poussent l'homme à se construire une image. La forme télévisuelle permet de se concentrer sur la construction ds personnage et leurs rapports à eux, entre eux et à leur environnement.
Il privilégie le contact direct que l'artifice qu'aurait pu réclamer la forme cinématographique. Il met le spectateur en position voyeuriste au même titre que Liv Ulmann et Erland Josephson le sont au cours de la scène de ménage de leurs amis. Bergman a profité de cette approche directe au spectateur pour y glisser une part immense de ce qui le ronge : sa séparation récente d'avec son actrice, la pudeur n'est pas de mise et il met à plat ses obsessions et surtout son rapport aux femmes.
La venue de la vieille femme au cabinet de Marianne va lui renvoyer la propre limite de sa vie. Mariée depuis 50 ans, elle vient demander le divorce car elle se sent rétrécie par sa vie protégée, qu'elle s'est trop niée pour se couler dans le moule social qu'elle s'est imposée.

La parole se libère

Si les deux amants se mentent au début, la parole va les faire ouvrir douloureusement les yeux sur ce qu'ils sont.
Un aveu de Johan va mettre en branle le processus : Il part avec une autre, jeune femme de 20 ans de moins que lui.
Marianne pleure, souffre et le supplie, cherche à raisonner son époux pour les apparences et leurs enfants mais le coup de massue lui est asséné quand elle réalise que tout son entourage avait connaissance de cette liaison extraconjugale qui semble durer depuis plusieurs années. L'âme de Marianne qui ne vit que pour l'autre, par l'autre va pouvoir prendre son envol et sa liberté. La mesquinerie, la médiocrité de son homme révélée, elle va pouvoir devenir elle-même.
Les aléas de la vie, les choix de Johan et la permanence du couple parental qu'ils ne cessent pas d'être, les pousseront à se retrouver dans les épisodes suivants pour des moments intenses.

L'acuité et la sincérité du processus, renforcés par l'absence de plans extérieurs qui nous forcent à nous concentrer sur le couple et son histoire.
On les retrouvera dans Saraband , conclusion magnifique à son oeuvre et à son histoire de couple.

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