Une vie de couple de réflexion

Avis sur Sept ans de réflexion

Avatar Azguiaro
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Un homme qui lutte contre lui-même pour ne pas s'envoyer en l'air avec sa voisine, voyez-vous. Ce genre de scénario cliché aurait pu me saouler s'il avait été fait par un yesman sans imagination. Sauf que là, c'est Billy Wilder derrière la caméra, et il a des choses à dire. Des choses qui vont heureusement bien au-delà de la question de la fidélité. Si on ignore la première séquence (sans vouloir manquer de respect aux représentations des frères et sœurs algonquin.e.s), toute l'histoire nous est contée du point de vue de Richard Sherman, dont la particularité réside dans le fait que le protagoniste nous expose à ses visions fantasmées. Des scénarios qu'il se présente pour se persuader qu'il se montre fidèle à toute épreuve, pour s'imaginer les réactions d'autrui quand il cherche à séduire la fille...
Quant au parti-pris du quasi-huis-clos, il est très efficace pour renforcer l'idée d'un espace mental où le personnage visualise ses histoires.
Tout le film tourne autour de l'adultère, le personnage de Tom Ewell est sans cesse tiraillé entre la promesse qu'il s'est donné de ne pas tromper sa femme et son désir d'aller séduire sa voisine.
Si le film est si efficace pour moi, c'est que la personnalité de chacun des deux protagonistes se dessine par rapport aux valeurs morales de l'époque. Car finalement, la prise de position du réalisateur sur l'infidélité est assez vague, et peu importante.
Billy Wilder n'est simplement pas dupe des changements de mœurs qui s'opèrent dans une société. Il confronte ainsi deux systèmes de valeurs au travers de ses deux acteurs : Richard Sherman, la pensée ancienne et réactionnaire qui ne parvient pas à masquer à long terme son hypocrisie, et sa voisine, la pensée jeune et libertaire qui n'hésite pas à pousser la transgression jusqu'au baiser relâché.
Ceci dit, le contexte historique voulant ça, nous avons finalement juste droit à ce happy end hollywoodien.
Il n'empêche, ils m'auront fait réfléchir un moment, ces Sept ans de réflexion. À quel point les générations libertaires pourront-elles dénouer ce rapport encore scellé entre relation amoureuse et relation sexuelle ? Est-ce qu'elle est si peu importante que ça, cette prise de position ? Remarque, ce sont pas des problèmes qui me concernent. Mais ça m'a quand même fait un truc, cette sortie de cinéma, si légère, si aérée...
L'amour, tout ça, voyez-vous.

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