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Avis sur Snowpiercer, le Transperceneige

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Après le thriller (Memories Of Murder), le film de monstres (The Host) et le drame (Mother), Le Sud-Coréen Bong Joon Ho continue son exploration des genres en s'attaquant cette fois-ci à la BD culte de Jean-Marc Rochette, Jacques Lob et Benjamin Legrand : Le Transperceneige. Et, avec ses 40 millions de dollars de budget et son casting international de haute volée, le jeune metteur en scène frappe très fort : Snowpiercer est un vrai régal de SF, blindé de passages qui foutent la chair de poule, de moments d'une rare beauté et qui propose une réflexion passionnante sur la condition humaine. Si Gravity nous emmenait dans l'immensité de l'espace pour assister à l'une des plus belles démonstrations d'instinct de survie d'une astronaute à la dérive, Snowpiercer nous invite quant à lui, presque ironiquement serait-on tenté de dire, à assister à la révolte des derniers représentants de l'Humanité... dans un train. Le film de Bong Joon Ho est un huis-clos anxiogène et barbare qui questionne la conscience de chacun avec une force et une intelligence enthousiasmante et qui, à l'heure où la crise sociale se fait de plus en plus forte, nous rappelle à quel point la BD originelle (datant de 1983) n'a malheureusement rien perdu de son acuité.

Sorti en aôut 2013, Elysium de Neill Blomkamp proposait également, par le biais de la science-fiction, une réflexion sur la lutte des classes et le combat d'un homme décidé à abolir les barrières qui séparent les riches des pauvres. Si l'actionner du réalisateur du remarquable District 9 proposait une lutte verticale (les défavorisés étaient en bas, sur Terre, tandis les nantis se trouvaient en orbite au-dessus de la planète), Snowpiercer développe de son côté un combat horizontal, les pauvres remontant de la queue vers la tête du train afin de reprendre le pouvoir aux dominants. Snowpiercer est le récit d'une quête profondément humaine, d'une révolution exaltante et éreintante mais à laquelle Bong Joon Ho, cette fois-ci contrairement à Elysium, vient apporter une conclusion d'une amertume radicale. Une amertume qui vient rapprocher Snowpiercer d'une autre révolution, celle des humains contre les machines, celle qui nous a été si brillamment contée dans ce qui est et restera l'une des plus grandes sagas SF de tous les temps : la trilogie Matrix des Wachowski et notamment son très décrié deuxième volet, Matrix Reloaded.

Lorsque Curtis se retrouve enfin face au Maître du train, campé par Ed Harris, impossible de ne pas penser à la rencontre entre Neo et l'Architecte de la Matrice... surtout quand les propos des deux "créateurs" se rejoignent autant. Car, tout sauveur qu'il est, l'Elu des Wachowski n'en reste pas moins une création de la Machine, "nécessaire" aux humains car leur donnant à toucher l'espoir d'un monde meilleur... Si révolution (ou Revolutions comme le clame le titre du troisième volet de la trilogie) des opprimés il y a, elle est du fait du pouvoir avant tout. Un constat bien amer que reprend à son compte Snowpiercer en dévoilant que cette révolte menée par Curtis n'a rien d'exceptionnelle dans le sens où elle est voulue et finalement menée par la classe dominante elle-même. Un "mal pour un bien" qui permet de réguler la population du train tout en lui permettant de caresser l'espoir d'un renversement de la situation. Ce train lancé à vive allure, et qui n'arrête pas de tourner, n'est rien moins que la représentation physique d'une civilisation qui a reproduit ad vitam eternam les mêmes erreurs et les mêmes segmentations entre les individus... Malgré tout, et grâce à l'ultime sacrifice d'un héros, l'espoir renaît enfin dans les derniers instants du métrage.

Superbe métaphore de notre société, Snowpiercer n'oublie cependant pas d'être un bon gros film de genre qui flatte les yeux et qui aligne les morceaux de bravoure qui font taper des mains! De la première révolte à la séquence de la torche (qui donne sincèrement la chair de poule tant sa puissance évocatrice se trouve appuyée par une mise en scène grandiose) aux fusillades et combats mano-à-mano homériques, Bong Joon Ho fait preuve d'une maîtrise totale de la mise en scène. Alternant les moments de réflexion et les brusques accélérations, osant des parti-pris visuels jouissifs (la bataille en vision nocturne) et constamment inventifs, Snowpiercer se révèle être une des bombes de cette fin d'année. Réflexif autant qu'engagé, introspectif autant qu'enragé.

Lire la critique sur mon blog :
http://www.petitelucarneetgrandecran.com/article-snowpiercer-le-transperceneige-la-critique-121002547.html

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