Solo ou les 120 fournées de sitcom

Avis sur Solo : A Star Wars Story

Avatar Sergent Pepper
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Jusqu’à présent, la reprise de Star Wars a toujours maintenu des connexions avec la saga d’origine, quand bien même elles ont pu faire hurler les fanatiques se prétendant seuls dépositaires d’un goût qui relève davantage de la nostalgie que de la cinéphilie. Alors que Rogue One assurait un chaînon déclaré opportunément manquant entre deux épisodes, Solo tente de se présenter comme un prequel exposant quelques personnages des opus originels : Solo, Lando, Chewbacca et le Faucon Millenium. Autant dire qu’en matière de portée mythologique, on repassera. Mais à bien y réfléchir, cela aurait précisément pu faire le charme de ce pas de côté, délaissant les lourdeurs de la Force et de thèmes qu’on a déjà essorés jusqu’à l’os. Solo est un personnage cool, probablement le plus humain et sympathique de la franchise, raison pour laquelle ce petit film pouvait afficher son manque d’ambition comme une volonté assumée.

En résulte un film de gangsters, une histoire de braquage et d’une bande qui se trahit à tire larigot, naviguant entre échanges et poursuite d’un bout à l’autre de la galaxie, sans qu’on comprenne toujours où ni pourquoi : qu’importe la destination, pourvu qu’on nous vendre l’ivresse d’un trajet entre vortex, neige, montagne et désert, le tout pour le prix d’un.

Solo est avant tout un décor mobile, qui pioche au gré des fantaisies des dessinateurs, disséminant des costumes, un bestiaire fantasque, des réceptions ou des bouges obscurs qui leur permettront par la suite de vendre des bouquins richement illustrés de tous les concept arts qui gavent le film.

Sur le plan de l’écriture, deux éléments émergent laborieusement : une séance de braquage sur un monorail à rotation variable, qui permet quelques idées en terme de mobilité dynamique, et un droïde revendicateur de droits, dont la voix sonne à la fois féminine et noire, saupoudrant d’une once d’intérêt des personnages généralement considérés comme humoristiques par leur seule stupidité infantile.

Sinon, l’absence de gravité du cosmos semble avoir contaminé les scénaristes : Solo est d’un vide abyssal. On a rarement vu des personnages si dénués de charisme, se contentant d’aligner des vannes creuses et des contre-attaques face aux tentatives de rouerie d’un interlocuteur qui rivalise surtout en ineptie. Le pote Lando, le chef de gang, la chérie retorse, personne n’en sort grandi, et l’on croit assister au casting d’une sitcom qui se soucierait bien peu d’épaissir une sauce insipide. L’effet est si contagieux que même les répliques de Chewbacca semblent plus vaseuses qu’auparavant.

En découle une intrigue fondée sur les revirements, comme dans tout film de braquage qui se respecte, mais qui fait fi d’une donnée pourtant essentielle : on n’en a strictement rien à carrer. On a beau convoquer l’esprit de Mad Max (un peu du Dôme du Tonnerre pour les enfants warriors) ou le dilettantisme des Gardiens de la Galaxie (un poulpe géant en guise d’escale co(s)mique) rien n’y fait. Le récit aligne paresseusement ses séquences et tente pathétiquement de relancer un électrocardiogramme plat par des décharges de twists qui ne font que confirmer la rigidité du cadavre.

Pas sûr que les médecins au chevet de la poule aux œufs d’or soient pourtant prêts à débrancher. Si l’on continue sur cette lancée, la franchise va virer rapidement vers l’acharnement thérapeutique. Mais quand on y pense, Vador lui-même était depuis le début sous respirateur artificiel, non ?

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