Voyage avec un Han dans les seventies

Avis sur Solo : A Star Wars Story

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On peut assez facilement trouver aux trois séries de films Star Wars des éléments communs, une identité propre.

Si la trilogie d’origine pose d’emblée un modèle difficilement atteignable, mélange miraculeusement heureux de BD populaire, de mythes primitifs, et de Kurosawa maintenu en harmonie par une improbable équipe de potes qui se baladent dans le vaisseau le plus classe de la galaxie sous les accords majestueux de John Williams, la suite ne fut peut-être pas aussi heureuse…

La prélogie avait au moins deux mérites : une grande ambition tout d’abord, celle de raconter réellement quelque chose, et le métier pour le faire. C’est-à-dire proposer des personnages avec un minimum de consistance, et savoir doser dans la narration les moments de pause qui font toute la saveur d’un film épique. Ses défauts se situaient ailleurs, sur des effets spéciaux beaucoup moins maitrisés que dans la trilogie précédente et sur les énormes fautes de goût qui souillaient l’ensemble : JarJar, Yoda en duel, D2 qui vole, les microtrucschoses, l’ado insupportable, Saroumane en mobylette, la roulade dans l’herbe, et j’en passe deux kilos cinq par élémentaire pudeur…

La nouvelle série, celle sans Lucas, et je mets dans le même bain les épisodes VII ou VIII et les one shots, essaie de tirer les leçons du massacre précédent en caressant le chaland dans le sens de sa bite molle sans éviter pour autant les écueils les plus graves : Une incapacité constante à raconter une histoire, des personnages aussi inexistants que l’alchimie supposée les relier, un ado insupportable, des persos numériques foireux, etc…
Dans ce sacrifice assez triste au goût du jour qui multiplie les incohérences, marvelise les grands méchants et abuse de la caméra à l’épaule, le plus gênant reste la tentative pour poursuivre une histoire qui les dépasse de très loin.
La seule façon acceptable de poursuivre la franchise eut été de profiter à plein de l’univers magnifique proposé et y raconter à l’intérieur les meilleures histoires possibles sans se soucier de rattacher forcément ça à l’histoire d’origine… Faire attention à ne pas la souiller illogiquement, par contre, ça aurait pu être une bonne idée…

Et donc, miraculeusement, puisqu’il s’agit ici de la jeunesse du plus charismatique des héros de l’histoire d’origine, Solo est ce qui s’approche de plus près de ce qu’il serait souhaitable de faire sans trop salir l’univers en place.
Une chouette petite histoire d’un petit bidouilleur qui se fait quelques potes en montant un ou deux coups trop grands pour lui, ce n’est pas particulièrement déplaisant, surtout que l’on oublie assez vite tout lien possible entre le jeune acteur trop sérieux et l’immense Harrison, qu’on a le droit à un joli braquage de train, et que la production a eu la bonne idée de trouver un tâcheron honnête comme Ron Howard pour mettre un peu d’ordre dans tout ce bordel.

Alors, ne nous voilons pas la face, l’histoire est toujours aussi mal racontée pour ce qui est de la temporalité et des distances, tous les personnages n’ont pas la consistance voulue et trois fautes de goût majeures se sont glissée dans le film.
Un gros monstre tentaculaire, un big boss doublement inutile et une abominable musique terrienne pour la soirée du yacht… En tout, ça ne fait que quelques secondes, rien à voir avec Jar Jar, mais quand même on se remémore la scène de la Cantina, et avec quelle intelligence Lucas évitait justement de nous sortir de son univers avec de triviaux retour sur terre… pourquoi pas demander un brandy au barman tant qu’on y est !

Même si ce n’est que grâce à l’ombre de caractères passés, caractères suffisamment trempés pour résister à un tel traitement, Solo nous propose, enfin, un groupe convenable qui vit des aventures dans un monde merveilleux et c’est à peu près tout ce que je demandais.

(Détail piquant, dans l’univers des films Star Wars, pour la première fois, celui-ci ne rentrera pas dans ses frais rien qu’avec la sortie en salles, quand on voit que c’est peut-être le seul à être à peu près honorable depuis les années quatre-vingt, on se dit que le public est décidément toujours égal à lui-même.)

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