Avis sur

Sully

Avatar Christine Deschamps
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D'habitude, les films d'Eastwood m'emballent plus que ça. S'il me faut une fois de plus m'incliner devant la parfaite maîtrise formelle et le classicisme irréprochable de la facture, j'avoue malgré tout que j'ai eu un peu de mal à me laisser embarquer par l'histoire. Il faut dire qu'il a choisi un biais étonnant : ne pas mettre l'accent sur l'amerrissage invraisemblable de l'avion sur l'Hudson, dont on se souvient tous, mais plutôt sur l'ingratitude scandaleuse des instances qui ont cherché à imputer la perte de l'avion au commandant de bord, pourtant héroïque. J'aime bien cet angle d'approche, généralement très dynamique, du pot de terre contre le pot de fer. Le type se tient bien droit dans ses bottes face à l'adversité institutionnelle et s'en remet à sa conscience personnelle... on reconnaît bien là ce Républicain d'Eastwood. Je ne partage pas sa philosophie individualiste forcenée, mais il me faut bien admettre qu'elle contient les germes d'une geste héroïque du plus bel effet cinématographique. Ça a fait ses preuves à maintes reprises. Au moins trouve-t-on dans les épopées individuelles eastwoodiennes des préoccupations altruistes, ce qui n'est pas toujours le cas des hymnes à la réussite personnelle hollywoodiens... Malgré tout, la scène finale, typique des films de procès, retombe un peu comme un soufflé. Pourtant, le tribunal est impressionnant, à la hauteur des enjeux économiques : un jury odieusement condescendant et technocratique placé au-dessus d'une foule d'experts encravatés, et les deux pilotes rejetés sur la droite de la salle, dans un petit box exigu, bien planqués derrière leur moustache rassurante de père de famille respectables. Le problème, c'est que l'incontournable happy end repose sur une illumination minimale qui est tombée sur le héros au-dessus d'un verre de scotch dans un bar typique à écran plat. On s'attendait à un twist vraiment saisissant, mais ça fait pchit, comme aurait dit Chirac, presque trop tôt dans le déroulement du procès en compétence qui suit. Tout ça pour ça.

Deux petites simulations plus tard, les inculpés sont blanchis et

on découvre que leur statut de héros populaires était amplement mérité, comme vient le souligner un peu lourdement une séquence de retrouvailles entre le Captain et ses passagers miraculés pendant le générique... Au final, on sort de là très peu édifié. La volte-face du jury tient de la farce. Je conçois bien qu'il fallait rendre compactes les étapes de l'enquête, pour ne pas nous lasser, mais du coup, c'est tellement ramassé qu'on n'a pas le temps d'y projeter des enjeux personnels. Et puis Tom Hanks est bien trop lisse, dans son rôle d'agneau pascal du néolibéralisme à l'américaine. Le sujet aurait dû me plaire, mais il est tellement expédié que je reste sur ma faim.

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