Nol-ânerie ou énième vulgaire test de QI

Avis sur Tenet

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Le divertissement se tient, bien racé et modelé comme tous ces placements de produits automobiles et horlogers qui surviennent à l'écran (le film n'a été pensé que comme une question de fric, mais j'y reviendrai), avec parfois de beaux pics esthétiques, notamment les très beaux plans de Debicki sur la côte amalfitaine. C'est assez plaisant à suivre, ce qui explique le généreux 5, de bonnes répliques fusent, le rythme est tenu d'une main de maitre, et le duo d'acteurs est très bon. C'est toujours ça de pris, car ce n'est pas toujours le cas chez Nolan — on se souvient de la bouillie confuse, insupportable et a-rythmique qu'est Dunkerque.

Malheureusement, ça reste un film bête. Bête dans son principe : Nolan ne s'en cache même pas, c'est un produit marketing qui vise à ramener le public encore et encore dans les salles. Ainsi, le film est inutilement compliqué, délibérément peu intelligible : tout est fait pour que le chaland aille payer deux ou trois fois son ticket de cinéma, pour essayer de décrypter tous les beaux mystères de cette proposition nolanienne.
Sauf que du mystère, le film n'en a aucun. Si quelque chose vous échappe, ce n'est pas parce que les grilles de lecture sont multiples, c'est juste que Nolan fait exprès de tout expédier à mille à l'heure pour qu'on ne puisse pas tout saisir, ou alors qu'on ait constamment un cran de retard si on cherche à comprendre. Mais cette furie scopique n'est qu'un intérêt de marketing : il n'y a ni mystère existentiel inépuisable comme dans Interstellar, ni quelque chose de suprêmement envoûtant à tirer comme dans un Lynch. C'est juste un scénario ultra complexe visant à densifier l'intrigue d'un James Bond contre un mégalomane russe.
Alors, moi, à partir de là, je refuse de me prêter au jeu du revisionnage, parce que j'ai un peu la sensation d'être pris pour un con. Je veux bien donner de mon temps pour relire 3 fois du Leibniz pour saisir ce qu'il y a de métaphysique, je veux bien même revoir Interstellar, non seulement parce que c'est très beau, mais parce que ça vise un trouble existentiel en nous, mais non, je refuse de retourner voir ce film parce qu'il a été pensé pour me faire retourner encore et encore dans la salle. Mais pourquoi ? Pour tout saisir de cette virtualité superficielle, de ce scénario sans âme ni pensée ? Non, ça ne sert à rien, il n'y a rien à en tirer.

En plus de ça, les scènes d'actions, bien que plaisantes et intrigantes sur le papier, ne sont pas vraiment virtuoses pour autant. La mise en scène de Nolan n'est pas spécialement plus illustre que celle d'un Mission Impossible, dont les morceaux de bravoure dans les films de McQuarrie sont plus notables, il me semble. Prenons l'exemple du tintouin avec les équipes bleues et rouges à la fin (rien compris) : mise en scène plate, aucune nervosité, aucune utilisation géniale de l'espace, l'action est survolée comme un drone. Bon, le principe de l'explosion est intéressant, mais c'est tout.

En outre, il faut noter que, à mon sens, le film passe à côté de ce qui aurait dû être son intérêt premier, et qui n'est malheureusement abordé qu'en filigranes : la guerre des hommes du futur contre nous-mêmes et notre inconséquence, et tous les dilemmes éthiques qui émergent de conflit et de cette lutte pour la survie entre deux générations. Hélas, ce n'est pas ce qui intéresse Nolan.

En somme, Tenet donne l'impression d'un film inutilement compliqué pour ce qu'il est vraiment, c'est à dire la rencontre de James Bond avec le délire temporel de Harry Potter 3. Pire encore, le film n'est qu'un scénario complexe, illustré à l'écran. Mais où est la mise en scène ?

Bon j'ai quand même été assez ému par le dernier échange avant la montée dans l'avion. Je ne suis pas sûr de savoir pourquoi, c'est sans doute le regard sensuel de Pattinson.

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