Un célèbre critique de cinéma expliquait (à moins que ce ne soit mon grand-père, qui n’était pas à un paradoxe près) que si une intrigue avait besoin tous les quarts d’heures d’un long tunnel explicatif abscons, il y avait 99% de chance que le scénario soit en bois.
 
Ce qui a fait le succès, non démenti depuis près de 40 ans, de Retour vers le futur, c’est sa façon de s’amuser du concept du voyage dans le temps. De rire avec ses contradictions. De jouer avec son invraisemblance. Voilà donc que Nolan, quelques mois après Marvel, essaie de se frotter à ce genre de casse-tête avec sérieux, et aboutit sans surprise aux mêmes impasses.
 
On le sait pourtant, Christopher est fasciné par le temps, autour duquel il fait pivoter presque toute sa filmographie, et ce dès son premier métrage. Chronologie inversée (Following et Memento) ou décalée (Inception et Dunkerque), voila le temps à présent retourné.
 
Le problème est que pour donner puissance et consistance à quelques moments de bravoure concept-action, la moindre des choses est de bien présenter son affaire, et le moins qu’on puisse dire est que c’est précisément dans son storytelling que les problèmes abondent. La phase d’exposition est symptomatique de tous les écueils rencontrés : après une intro spectaculaire mais rapidement dévitalisée (il faudra me donner la marque du gaz qui fait tomber quelques milliers de personnes en une seconde) par un manque criant de visibilité (qui est qui ?), les scènes se succèdent avec un rythme et une plastique dont on sent que la narration n’est pas le soucis premier : le protagoniste passe par une mystérieuse pause en éolienne, et une prise de contact rapidement fascinante de légèreté avec la présentation du concept. En moins de dix minutes, les mots troisième guerre mondiale et fin du monde sont balancés sans autre préliminaire, sans qu’on ne sache jamais qui parle au nom de qui.
 
Et nous voilà embarqués dans un trip qui a tous les attributs d’un James Bond, sans la mytholgie ou le fun de ce dernier. C’est terriblement pesant, emberlificoté pour ne jamais permettre au spectateur d’intégrer les notions qui se superposent, et curieusement rapide, sans doute pour les mêmes raisons. Autre marqueur significatif de cette petite bouillie conceptuelle, les dialogues en forme de ping-pong complices qui sonnent comme de multiples morceaux de scénario explicatifs découpés en lignes de textes. L’indigestion n’est jamais loin.
Rien de révolutionnaire dans le principe général de l’histoire, non plus. Il y a tout juste 30 ans, les frères Schuiten avait déjà suivi (mais en plus rigoureux et fou) le principe d’une histoire inversée (NogegoN) d'un bout à l'autre.
 
Dans ces conditions, les moments spectaculaires (car il y en a, et certains sont assez agréables à l’œil, comme toujours avec Nolan) sont souvent noyés par un manque d’enjeu pénalisant (ils doivent faire quoi, là, exactement ?) et une musique assourdissante qui caricature Zimmer au-delà de ce que ce dernier aurait pu tenter lui-même. Les non-sens conceptuels (comment un combat se retrouve chorégraphié de la même manière à plusieurs jours d’écart ?) ne trouvent aucune autre explication que "c’est le destin" et certains personnages sont moins faciles à interpréter que d’autres (Kenneth, je t’ai beaucoup aimé, mais là, ça devient compliqué).
 
En se radicalisant, Nolan exacerbe logiquement ses obsessions, dans les qualités qu’on lui connait (c’est ambitieux, spectaculaire, parfois intriguant) et ses défauts (c’est inutilement complexe, démesurément sérieux, avec des enjeux pompeux et ténébreux). On attend quand même un peu plus d’un des derniers wonderboys du divertissement, que de ressembler à un Besson avec un cerveau (même d’adulte).
Savoir raconter une histoire reste une priorité pour embarquer un public avec soi. Tenet vous-le pour dit.

Tenet

Tenet

4

lhomme-grenouille

le 27 août 2020

Suivre

L’histoire de l’homme qui avançait en reculant

Il y a quelques semaines de cela je revoyais « Inception » et j’écrivais ceci : « A bien tout prendre, pour moi, il n’y a qu’un seul vrai problème à cet « Inception » (mais de taille) : c’est la...

Tenet

Tenet

5

guyness

le 25 août 2020

Suivre

Tenet, mais pas sans bavures

Un célèbre critique de cinéma expliquait (à moins que ce ne soit mon grand-père, qui n’était pas à un paradoxe près) que si une intrigue avait besoin tous les quarts d’heures d’un long tunnel...

Tenet

Tenet

9

Behind_the_Mask

le 26 août 2020

Suivre

La relativité du temps et de l'approche du blockbuster contemporain

Il faudra un jour qu'on m'explique. Car, sans doute, je ne comprends pas tout. Encore une une fois, soupirerez-vous. Aujourd'hui, tout le monde s'accorde sur le fait que le blockbuster made in USA,...

Django Unchained

Django Unchained

8

guyness

le 17 janv. 2013

Suivre

Quentin, talent finaud

Tarantino est un cinéphile énigmatique. Considéré pour son amour du cinéma bis (ou de genre), le garçon se révèle être, au détours d'interviews dignes de ce nom, un véritable boulimique de tous les...

Les 8 Salopards

Les 8 Salopards

9

guyness

le 31 déc. 2015

Suivre

Classe de neige

Il n'est finalement pas étonnant que Tarantino ait demandé aux salles qui souhaitent diffuser son dernier film en avant-première des conditions que ses détracteurs pourraient considérer comme...

Interstellar

Interstellar

4

guyness

le 12 nov. 2014

Suivre

Tes désirs sont désordres

Christopher navigue un peu seul, loin au-dessus d’une marée basse qui, en se retirant, laisse la grise grève exposer les carcasses de vieux crabes comme Michael Bay ou les étoiles de mers mortes de...