Dysfonctionnement culturel

Avis sur The House That Jack Built

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On le sait, Lars Von trier n'est pas très optimiste. Il commençait à explorer l'Hémorragie Sociale, que théorisait Lévinas, dans Dogville ou le plus connu Dancer In The Dark. Oui déjà la société y apparaissait profondément toxique, à une apogée qui était même mortelle. Mais il n'avait pas encore explorer le fondement de la société : La Culture. La culture, Lars Von Trier en fait parti; comme toute autre personne oui; mais lui en produit et en vit. Il créé littéralement des objets de culture. Si on comprend que le film s'annonce comme une introspection, celui ci est plus large. En effet il questionne l'éternel rapport entre barbarie (au sens déplaisant de "monstruosité") et culture.
La culture veut nous sauver de la barbarie, on se plait à croire que les belles images et les beaux mots nous apaisent. Pourtant au vingtième siècle, là où la culture était au sommet de son accessibilité, deux massacres mondiaux se sont enchaînés à 30 ans d’intervalle. Alors comment la culture a-t-elle put autoriser cela ? Pourquoi, à la manière d'une égérie omnisciente, n'a-t-elle pas agit contre ces massacres ? Pire encore, celle ci a accompagné les pires actes de barbarie : on passait bien du Wagner dans des chambres à gaz, usines optimisées au centime près pour tuer en masse.
Ce sont avec ces questions que nous suivons pendant deux heures un tueur en série, Jack, accomplissant sa tâche. Tout au long du film, Lars Von Trier mélangera les meurtres d'un braconnier à l'histoire de l'architecture d'églises, ou bien il juxtaposera Goethe et un camp de la mort ou encore comparera Delacroix aux enfers dans des espèces de diaporamas éducatifs. On ne plonge pas dans les origines sombres et torturées du tueur, on ne lui accorde pas d'excuses pour ses bains de sang : on le présente à son plan de travail, on le montre galérer à tuer comme galérerait un employé de bureau, il ne s'habille pas avec une camisole ou avec un masque en peau mais seulement avec un costard. Comme le disait Hannah Arendt à propos de Eichman, Jack lui aussi incarne "la banalité du mal". Il est plus proche de nous que ne le sont ses victimes. C'est un homme cultivé, issue d'une culture en dysfonctionnement. Dysfonctionnelle, donc, car elle ne répond à sa propre volonté, elle n'apaise pas, elle autorise voir même amène à la barbarie comme le constatait déjà Theodor W. Adorno dans Théorie Esthétique.
Dans ce livre, Theodor Andorno appelait à une refonte de la culture (par l'art moderne notamment) : Lars Von Trier contredit cet appel ! Si la culture est gérée par tous et toutes (car elle l'est), alors elle est sujette à la banalité, la banalité du mal aussi. Jack est un architecte de la culture, comme l'est Lars Von Trier, et il n'arrive pas à construire sa maison (la culture) de façon traditionnelle, non lui la bâtit avec du sang, littéralement avec des corps humains. La culture a raté son rôle de pommade mais elle serait pire encore si aujourd'hui les cobayes de cette même culture dysfonctionnelle étaient appelés à la refaire à neuf.

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