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Difficile pour moi de dire du mal de The House That Jack Built tant le film m'a emballé du début à la fin. On y retrouve le Lars Van Trier que j'aime, celui qui n'hésite pas à choquer, qui n'hésite pas à jouer avec la susceptibilité des gens, qui n'a pas peur d'en faire trop, d'être outrancier et surtout de provoquer pour le plaisir de provoquer.

Mais quel plaisir d'être provoqué !

En effet avec son film de tueur en série LVT franchit quasiment tous les tabous du cinéma, notamment lors de sa troisième partie où il ose montrer ce que l'on ne montre d'habitude jamais au cinéma. Dans la partie suivante il annonce à son spectateur l'horreur qu'il va devoir voir en faisant dessiner à son Jack des pointillés sur les contours des seins d'une jeune femme. On a tous vu un Tex Avery, on sait ce qu'il va faire et le pire n'est pas qu'il le fasse et qu'on le voie, non le pire c'est que Jack joue avec sa victime, tout comme LVT joue avec son spectateur.

C'est d'ailleurs une récurrence dans chacune des cinq histoires racontées... LVT prend un malin plaisir à manipuler son spectateur, à lui faire haïr et adorer son personnage de tueur en série. Et là, il y a ce sentiment trop rare au cinéma qui naît, le fait de non seulement plonger le spectateur dans l'amoralité, mais mieux encore, de le perdre totalement émotionnellement. On ne sait pas si on doit soutenir Jack, ou si au contraire on doit espérer qu'il s'en sorte, qu'il arrive à tuer sa proie...

Un régal !

Je dirais peut-être même que ce film m'a plus remué l'estomac que Climax de Gaspard Noé. Ici, LVT va jusqu'à filmer ce qui était hors champ dans Climax...

Le film est donc décomposé en cinq parties, cinq meurtres et on retrouve là la structure narrative de Nymphomaniac. En gros on a un dépravé qui raconte ses exactions à quelqu'un. Ici, Verge joué par Bruno Ganz est moins bavard que Stellan Skarsgård, mais le principe est le même, il écoute et réagit. On l'aura compris, ici celui qui se fait appeler Verge est Virgile. On nage donc en pleine divine comédie et Jack est en enfer. Notons d'ailleurs la magnifique reprise esthétique de la barque de Dante de Delacroix.

Parce que oui, LVT n'est pas qu'un branleur qui bouge sa caméra dans tous les sens par pur souvenir du Dogme 95, c'est également quelqu'un qui produit des somptueuses images, notamment dans Melancholia. Et là, dans sa reconstitution de Delacroix, il s'y donne à cœur joie, c'est pompier au possible, mais tellement beau et ça tranche avec le reste du film qui, bien qu'assagit, ressemble encore un peu au Dogme avec sa caméra mobile, l'image qui a du grain partout...

Comme dans Nymphomaniac, dans les récits sont intégrés des références, des discussions philosophiques autour de l'art, de la vie, de la mort... alors je mentirais en disant qu'on a l'impression que LVT est un grand penseur, reste qu'il pense... qu'il va tacler en parlant d'Hitler, de la Shoah comme pour répondre à son éviction du festival de Cannes pour Melancholia car il avait dit comprendre Hitler.

Voilà une chose rassurante, il n'a rien perdu de sa capacité à provoquer et à ne pas garder sa langue dans sa poche.
Parce que oui, on sent bien que dans la bouche de Jack (Matt Dillon qui ressemble trait pour trait à un Willem Dafoe plus jeune) c'est LVT qui s'exprime.

C'est ça qui est fascinant dans le film : plonger dans la psyché de son auteur.

Et forcément, vu que c'est LVT, tout est très référencé, les images qui rappellent des tableaux, des hommages à des réalisateurs qu'il adore, mais ça s'intègre parfaitement au récit et sans forcément laisser les ignores sur le carreau puisqu'il resitue, lorsque c'est nécessaire, le contexte, sans qu'on ait pour autant l'impression d'être pris pour un abruti fini.

Le film foisonne d'idées, arrive à se renouveler dans ses différents meurtres, ce qui fait qu'on ne s'ennuie jamais. D'ailleurs à chaque meurtre Jack/LVT va inventer autre chose, on commence avec le très classique tueur en série qui bute une femme sur le bord de route, jusqu'à l’œuvre d'art totalement macabre (l'idole) en passant par une parodie glaçante d'une scène de couple.

Bref c'est un réel plaisir de sentir scandalisé par LVT, mais c'est à ne pas mettre entre toutes les mains puisqu'il n'y a pas réellement, si ce n'est la damnation que se promet LVT à lui-même de condamnation, de réfutation de ses thèses les plus sordides. (et c'est tant mieux, mais besoin que papy viennent nous faire la leçon)

Moizi
9
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3 commentaires

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