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Les tics de langages propres à chaque cinéastes, ne peuvent pas (jusque dans une certaine mesure) leur être reprochés. C'est bien la moindre des choses que les plus marquants d'entre eux aient pu, au fil d'une œuvre souvent foisonnante, développer un style identifiable, surtout lorsqu'ils participent de près ou de loin à l'écriture de leurs films.

Là où la chose peut devenir un brin risquée et jamais très loin du pénible, c'est quand la personnalité d'un réalisateur prend le pas sur chacune des scènes qui forment le film. Et c'est rien de dire que depuis au moins Nymphomaniac, c'est le cas avec l'ami von Trier.
Musique classique, argumentaire didactique et savant, ces-grands-artistes-incompris-que-sont-les nazis sont donc maintenant à chaque fois convoqués pour exposer de manière toujours un peu plus directe, les obsessions du danois.
Et par cette volonté limpide mais surtout constante de se vouloir plus grand que le film qu'il met en scène, l'auteur rapetisse naturellement son propos. L’œuvre d'art dérive vers l'exposé.

Même dans sa première partie, avant qu'à partir du milieu du métrage Lars abatte ses cartes et ne laisse plus planer aucun doute, même pour le spectateur le plus distrait ou non connaisseur de son travail, en s'auto-citant de la manière la plus flagorneuse (oser dire qu'il voulait utiliser des extraits d'autres cinéastes, mais qui allaient lui couter trop cher…), le doute est impossible: Jack est Lars, Lars est Jack.
(d'ici à ce qu'on se rende compte un jour que le Danois a vraiment découpé des femmes dans sa cave…)

Réduit à l'état d'exposé un peu haut de gamme (Trier n'est plus tout à fait un collégien, même si certaines de ses marottes pourraient nous le faire croire), le film refoule du goulot assez régulièrement. Le Virgile-prétexte à une contradiction super finaude ne nous trompe pas. A travers ses limites assumées, Jack-Lars déroule son tapis rouge référentiel: les hommes sont des victimes (en étant accusés des vicissitudes qu'ils commentent vraiment, à ce degré d'ingénuité, ça devient vertigineux), les femmes des salopes ou des connasses, et les nazis des référents fascinants, ambigus et permanents.
Et comme "la culture a l'avantage de vous permettre de dire des sottises avec distinction" (Somerset Maughan), la chose passe assez facilement, en se permettant même de flatter l’œil et l'oreille.

Du coup, les quelques moments étonnants ou intéressants du film se noient dans le torrent discursif du Danois. Et c'est fort dommage. Je rêve d'un travail où Lars von Trier se mettrait enfin en retrait de son œuvre, qui paradoxalement, pourrait lui donner beaucoup plus de force.

Dernier paradoxe non complètement assumé, Jack (Matt Dillon parfait, exécrable à souhait) se place en marge de la communauté des hommes et du respect des vivants par de fumeuses considérations artistiques et philosophiques, mais ne fait rien d'autre que d'attaquer plus faible que soi, même s'il prétend ne pas s'en tenir là. Ses victimes sont donc des femmes et des enfants, et quand ce sont des adultes, il s'agit de noirs ou d'asiatiques déjà (mystérieusement) pris au piège. Curieuse palette pour ce grand cinéaste humaniste. Si l'on file la métaphore jusqu'au bout, von Trier admet donc ne s'attaquer sans vrai courage qu'à ce qu'il considère comme des cibles faciles (et pour quelle résultat final, quand on voit la gueule de sa dernière maison...): ses spectateurs dévots ou réfractaires. Qui, en fonctions de leurs inclinaisons, vont être soit exaltés par le courage vertigineux de l'auteur (merveilleux combat contre la pensée unique de l'époque, bla bla...) soit un peu plus désabusés par la banale bassesse de l'exercice.

On dit de certains films qu'ils ne cassent pas trois pattes à un canard. Celui-ci se contente sadiquement d'en couper une.

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