Lack (of) Shame

Avis sur The Predator

Avatar NiERONiMO
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À l’instar d’Alien, la franchise Predator est bien en peine de retrouver sa gloire d’antan : je n’avais pas adhéré à la suite portée par Danny Glover, et Predators faisait montre d’une paresse d’écriture trop significative pour performer... et nul besoin d’évoquer les célèbres crossovers parus entre-temps. Aussi, qui de mieux que Shane Black pour relancer une machine qu’il connaissait si bien, la parenté étant affermie par un CV de scénariste aguerri et quelques coups d’éclat détonants à la réalisation ?

Au sortir d’un visionnage aberrant d’idioties assumées, The Predator interroge sur bien des points, quoi que l’on puisse résumer la chose ainsi : comment a-t-on pu en arriver là ? Outre un statut pas clairement défini au sein d’une saga ayant pourtant drastiquement besoin de cohérence, la parenté du film avec les volets portés par Schwarzenegger et Glover d’un côté, Predators de l’autre (apparemment boudé) et même les AvP (fort d’une référence évidente) pose question... mais une certitude demeure : nul doute que la production du présent bousin fut des plus chaotiques.

Finalement, c’est à se demander si la beaufitude consommée du tout n’était pas tout bonnement un pied-de-nez féroce de Black à l’encontre des studios, coutumiers d’une ingérence dénaturant le matériel originel : ici, celui de l’auteur. Mais il convient dans le même temps de s’éloigner de telles considérations frisant le manichéisme de mauvais goût, car ce serait un tort que d’ériger le cinéaste au rang de martyr innocent : en nappant justement The Predator d’un mauvais goût dégoulinant, celui-ci rompt drastiquement avec l’esprit d’une chasse perdue d’avance, du combat à sens unique entre un Goliath extra-terrestre et un David devenu proie parmi les proies.

Il ne serait en ce sens pas surprenant qu’en apposant sa propre patte, Black dénaturait lui-même à l’origine ce qui fit la sève et l’identité du Predator, et ce même au sein d’un Los Angeles suffocant m’ayant pourtant déçu. À la croisée d’une signature malicieuse et d’une production conflictuelle, le long-métrage aura donc muté en une hybridité improbable, suspendue au bon vouloir hasardeux d’un récit sans queue ni tête : le scénario est en lui-même un sac de nœud composé de grosses ficelles, une constante permettant à la narration de légitimer nombre d’invraisemblances.

Nous passerons donc les détails d’un tel « NANI THE FUCK ?! », celui-ci fourmillant d’exemples tous plus gratinés les uns que les autres, afin de nous concentrer plutôt sur ce qui caractérise The Predator par-delà la SF pure : la thématique familiale, celle de la fraternité fortuite et enfin son atmosphère faussement bon enfant. Car c’est un fait : la structure du long-métrage repose en grande partie sur les interactions entre ses personnages, à commencer par le rapport difficile qu’entretient McKenna avec son fiston.

Enfin, difficile est un bien grand mot tant The Predator se contente du strict minimum quant à leur caractérisation, le tueur tête brûlée cherchant maladroitement à se rapprocher de son autiste de fils, génie de son état : se contentant du strict minimum, l’intrigue déroule donc une galerie de protagonistes-fonctions au service d’une comédie familiale débridée. L’idée d’une fraternité fortuite abonde en ce sens, l’humour douteusement élaboré de ces anciens soldats fêlés nourrissant une toile légère, dédramatisant de la sorte des enjeux pourtant non anodins.

S’il est difficile de se prendre d’empathie pour ces figures sacrifiables (c’est téléphoné), force est de constater que la ténacité de The Predator a tirer de la sorte sur la corde fonctionne quelque peu, cette bande de bras cassés s’apparentant à la plaque tournante d’une vaste blague nous déridant par à-coups. Car telle est, finalement, la nature véritable du film : un nanar en bonne et due forme... un constat également attenant à cette fameuse ambiance, qui au moyen d’un goût prononcé pour des effets gores en pagaille, et ce fameux penchant comique scabreux, forme un tout s’amusant de sa propre bêtise.

The Predator est donc une déception tenant de la curiosité anecdotique, aux confins d’un cynisme féroce et d’une exécution aussi malhabile que divertissante.

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