Man VS Wild : THE MOVIE

Avis sur The Revenant

Avatar Veather
Critique publiée par le

J'espère pour Inárritu qu'il ne fait pas l'amour comme il a fait The Revenant, tant l’œuvre semble portée par la performance et non par l'émotion.

Bon, j'exagère. Beaucoup auront pris leur pied devant ce film, et c'est tant mieux. J'étais le public cible pourtant, un survival cru et contemplatif aux relans mystiques, réalisé par un monsieur qui jusque-là ne m'avait jamais déçu.

Ce n'était pas désagréable à regarder, hein. Comme ce n'est pas désagréable de se faire chevaucher mécaniquement par un partenaire sexuel. Mais ça n'est pas allé plus loin et je ne risque pas de vouloir le revoir un jour, tout comme je n'aurais pas envie de rappeler une fille avec qui l'alchimie fut absente au lit (n'allez pas chercher trop loin, c'est juste une métaphore).

Techniquement, c'est exceptionnel de maîtrise. Le plan séquence du début, notamment, casse la baraque. Seulement voilà, durant toute la scène, je n'ai fait que penser : « Ouah, quel plan séquence ! » au lieu d'être simplement imprégné par le film, ressentir le frisson viscéral et sensoriel qu'un travail de cette envergure devrait procurer à son spectateur.

Ce à quoi, lecteur avisé, tu pourrais rétorquer : « oui, mais chacun son ressenti intrinsèque devant une œuvre d'art, beaucoup ont été émus par ce film, c'est pas parce que tu l'as pas vécu qu'il y a forcément un problème »

Ah, cher lecteur. Tu as bien raison. Mais vois-tu, je ne suis pas le seul à être resté hermétique. Nous sommes nombreux dans ce cas. Et si l'on ne peut pas généraliser, parfois des avis concordent suffisamment pour pointer quelque chose de bien réel dans une œuvre.

Alors voilà, sacrée démonstration d' Inárritu qui signe un film perfectionniste et académique. Un matériau idéal à montrer à des élèves d'une école de cinéma pour analyser la manière dont c'est filmé.
C'est comme si le réalisateur avait étudié ce qui rend en théorie un film captivant, pour essayer de créer un chef-d’œuvre, mais m'est avis qu'il a, dans ce processus intellectuel, oublié le sens même de la création artistique.
En effet, si l'on est pas mû par un élan, une inspiration plus forte que soi, venant d'un sentiment qui nous dépasse, pour créer... Peut-on juste se contenter de construire l'art avec savoir-faire, sans accepter de lâcher prise et de ne pas tout contrôler ?

Aussi saisi fus-je par la scène de l'attaque de la maman ours, aussi flatté fus-je par le travail d'éclairage naturel et la photographie, aussi impressionné sortis-je de la salle, je ne fus en mes tripes point saisi de la moindre flamme, et j'oubliais tout ça sitôt sur le parking.

Ok, donc on va revenir à la conjugaison normale, ce sera mieux pour tout le monde. Heum.

Quand une fille m'enlace sans vraiment se donner, quand un film m'en met plein la vue sans vraiment m'absorber, alors je reste sur ma faim. Alchimie disfonctionnelle ou performance trop distante ? Le débat reste ouvert, mais essayons tout de même d'être un tantinet lucides :

On regarde un documentaire HD à la télé, c'est magnifique. On regarde les décors du Seigneur des Anneaux accompagnés de sa bande-son, c'est grandiose et émouvant.

Mais cette caméra qui tourne dans tout les sens, allant jusqu'à s'embuer sous le souffle d'un acteur en gros plan ou s'entrechoquer au milieu d'un combat, cette foutue caméra à la pointe de la technologie, qui tournoie sans cesse sous prétexte que c'est un plan séquence, ça finit par fatiguer. Surtout quand c'est pour finir par cadrer de l'eau qui coule ou pour nous mettre un PLAN FIXE EN CONTRE PLONGÉE SUR DES ARBRES toutes les dix minutes. En devenant trop évasive, la caméra perd la substance essentielle.
Cela dit, ça crée un parallèle intéressant entre la souffrance du héros et le calme indifférent de la nature. Comme chaque élément de ce film, on peut le percevoir comme un défaut ou une qualité.

Quand à l'aspect plus mystique, il m'est apparu neuneu, bateau et inutile. Quand on a vu par exemple "Dead Man", la série "Vikings", ou même, allez, "Gladiator", les hallucinations fiévreuses de Glass (Di Caprio pour les intimes) sont franchement ridicules.

Et puis, exploit technique, ok. Mais aussi poussée soit l'ésthétique, aussi réalistes soient les effets spéciaux, aussi trucdefouesques soient les plans-séquences, à quoi bon si c'est pour mal servir le récit? La cohérence entre scénario et choix artistiques me semble ici bien maigre. En effet j'aime à penser que l'ambiance se doit d'abord de se marier harmonieusement avec ce qui est raconté.

D'aucuns disent d'Inárritu qu'il est prétentieux, d'autres le génifient. Je suis pour ma part nuancé, car je le sais capable de me régaler (Birdman, Amours Chiennes...) et que ça ne sert à rien de juger radicalement quelqu'un pour telle ou telle œuvre, bien entendu.

Mais ce film lancé au monde comme un monument ne saurait être qu'un succès passager. Je vous parie ce que vous voulez qu'il ne deviendra pas un classique et que le temps aura raison de sa soi-disante virtuosité.

Di Caprio aura beau ramper et râler, Hardy aura beau exorbiter ses yeux et plisser ses lèvres, rien n'y fera. Aussi habités soient les deux comédiens, ça ne change rien à des dialogues attendus et à la direction d'acteurs inappropriée. Par ailleurs, j'aime beaucoup ces deux bonhommes, et je ne peux nier qu'ils délivrent une vraie profondeur à l'écran ; mais c'est, à l'image du film, une performance : aussi puissante soit-elle, elle manque tout simplement de sincérité à mes yeux.

Et que dire du côté manichéen des personnages ou des arcs narratifs faits, refaits et surfaits... Jamais l'écriture ne se permet la moindre excentricité, la moindre créativité susceptible de surprendre.
C'est aussi pour ça qu'il m'a été difficile, à moi comme à ceux qui partagent mon avis, d'avoir la moindre empathie envers le héros ou de m'accrocher aux enjeux. Même la notion de danger me semblait vague. En fin de compte, la seule émotion que j'ai pu tirer de tout ça fut quelques rires amusés, et même un fou-rire devant la scène du tirage de langue (une des meilleures du film, sérieux). Paradoxal vu ce que je regardais...

Pour conclure je dirais que c'est surtout long pour pas grand chose. Passé une première heure ma foi pas mal du tout dans son style, la suite s'étire sans raison apparente et le contemplatif n'excuse pas toujours le vide.

Si vous avez été emporté par The Revenant, je vous envie.

De mon côté, j'ai passé 2h30 de cinéma passablement potable devant ce qui aurait dû être une claque phénoménale. Tant pis pour moi.

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