Reconstruction et traumatismes

Avis sur Une grande fille

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Aujourd’hui, direction la sélection Un Certain Regard avec le second et nouveau film de Kantemir Balagov, jeune cinéaste figurant, depuis le succès critique de Tesnota, parmi les grands espoirs du cinéma russe. Découvrons ensemble Une grande fille.

Nous voici donc au lendemain de la seconde guerre mondiale, à Leningrad. Mais une guerre ne se termine pas du jour au lendemain, et il faut maintenant composer avec ses conséquences et ses retombées. Iya, surnommée Girafe à cause de sa grande taille, est infirmière dans un établissement hospitalier, réparant les corps des blessés, et s’occupant du petit Pachka. Tout irait bien si la jeune femme n’était pas victime de crises régulières qui la paralysent sur place, et si Macha, son amie partie pour la guerre, n’était pas revenue troubler un équilibre déjà fragile. Car à la guerre des fusils et des obus va succéder celle des nerfs et des passions.

Très statique, étiré, le film de Balagov illustre la lente récupération suite à la guerre, et la morosité qui subsiste après celle-ci. Iya est une jeune femme timide, effacée, discrète. Elle est à l’opposé de Macha, beaucoup plus démonstrative et entreprenante, qui s’est donnée à la guerre et qui tente de retrouver ses repères et une vie normale. Une grande fille vient raconter cette amitié entre ces deux jeunes femmes, liées par un drame personnel et national, et qui va être, progressivement, source de passions et de tensions. D’une certaine manière, Iya semble incarner la Russie de l’époque, grande, fatiguée, étiolée et à laquelle, malgré l’épuisement, on continue de demander, voire d’exiger. Elle est à la fois un vestige et un avenir, écrasée par le poids de l’Histoire et de la société.

Impossible de ne pas relever la beauté d’Une grande fille, film d’une grande maîtrise technique, où nombre de plans s’apparentent à des tableaux, avec un vrai sens de la composition. C’est, sans aucun doute, la grande qualité de Kantemir Balagov qui confirme ici les espoirs placés en lui, avec une grande capacité à retranscrire les émotions, à les faire émaner des personnages, pour laisser s’exprimer les regards et les gestes. C’est d’ailleurs un choix qui s’avère ici radical, avec un étirement des plans à l’extrême, aux limites du raisonnable, qui peut provoquer un véritable épuisement chez le spectateur, que j’ai pu ressentir. Les émotions, bien que présentes, sont délayées dans cette longue lamentation qui propose cependant des pics de tensions maîtrisées, notamment alimentés par l’évolution de la relation entre Iya et Macha, et la présence de Sacha.

Une grande fille vient raconter la vie et la mort, la renaissance, la cicatrisation des blessures, l’amour et la haine, l’espoir et la passion. Bien que terminée, la guerre laisse planer son ombre, qui augure tous les rouages émotionnels, sentimentaux et existentiels actionnés dans le film. D’une grande beauté formelle, il risque de décourager les spectateurs craignant la lenteur, du fait de son étirement. Un étirement qui a pu en effet me maintenir à une certaine distance du film, préférant une autre forme de contemplation, moins étouffante. Nul doute, en tout cas, qu’Une grande fille reste une très belle œuvre.

Critique écrite pour A la rencontre du Septième Art

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