The Distant Voice of a Star

Avis sur Your Name.

Avatar Liehd
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Comme beaucoup, j'ai découvert le cinéma de Makoto Shinkai en 2004 avec la Tour au-delà des Nuages, et je n'ai pas attendu le mot « fin » pour crier au génie.

L'esthétisme du bonhomme, sa sensibilité hors-norme, ses apartés poético-littéraires, sa vision quasi-autistique des relations humaines comme de son rapport aux paysages m'avaient profondément touchés, et Voices of a Distant Star n'avait fait que confirmer cette très bonne impression. La neige qui fond, les pétales de cerisiers, la course des nuages : pour un peu, j'avais trouvé mon âme sœur, à équidistance entre naïveté (brandie en étendard) et snobisme esthétisant, à des années lumières du cynisme qui fait autorité par les temps qui courent.

C'en était si beau, et si fort, et si profondément humain que c'en était presque douloureux, par moments - et tant pis si c'était un peu maladroit, ça n'en sonnait que plus authentique.

Avec 5 cm per Second, j'ai commencé à m'agacer. C'était toujours aussi magnifique (plus que jamais, même), c'était animé avec élégance, c'était écrit tout en finesse, mais enfin... j'avais déjà vu, lu, ressenti tout ça dans ses films précédents. A l'identique. Les jeux de lumière sur le carreau, les actes manqués, les deux amoureux que le monde sépare et qui se cherchent jusqu'au désespoir. Toujours le même refrain, toujours la même rengaine, aux éblouissements près. Si bien qu'à chaque nouvelle œuvre, depuis lors, je me jure de lui redonner sa chance, une dernière fois, parce qu'il le vaut bien - mais parce qu'il n'en vaut pas plus. Les Enfants d'Agartha, the Garden of Words, et maintenant Your Name : autant de dernières chances, donc, pour autant d'amertume, autant de rendez-vous manqués alors que je m'étais mis sur mon 31 et que j'avais accroché une fleur à ma boutonnière... autant de déconvenues, de cœurs brisés, sans que je parvienne pour autant à renoncer à mon béguin d'adulescent.

Car en dépit des râleries et des bougonnements, je l'admets de bonne grâce, j'ai passé un bon moment : j'ai souri, j'ai été ému, j'ai même été agréablement surpris de temps à autre – et une fois encore, je veux croire au potentiel de Makoto Shinkai, même s'il n'a de cesse de piétiner mes attentes (et son talent avec).

N'en jetons plus, alors : Your Name est un bon, voire un très bon film d'animation, il ne mérite pas une note aussi basse. Mais ce n'est pas non plus le chef d'oeuvre annoncé, et ceci pour plusieurs raisons objectives – qu'il sera par conséquent difficile de remettre en question (attention, comme on dit dans le milieu : SPOILERS !) :

  • Une fois de plus, le réalisateur radote. Des trains, des monologues intérieurs, des décors pastels, des couchers de soleil, un amour impossible et idéalisé. Mêmes scènes (ou à peu de choses près), mêmes personnages (ou à peu de choses près), mêmes décors (ou à peu de choses près), mêmes enjeux (à l'identique) et mêmes problématiques (itou). Seule nouveauté : l'humour, un peu maladroit, un peu forcé, mais efficace. Taillé sur mesure pour ce divertissement familial. Mais ce seul ajout suffit-il à justifier l'existence de ce film, qui figure déjà dans la filmographie de son auteur, sous d'autres titres – et en plus réussis ? Car non seulement le réalisateur radote mais il en arrive à se plagier lui-même, sans état d'âme, au point que c'en devient gênant. Vous retrouverez ainsi les séquences de réveil de la Tour au-delà des Nuages, sa thématique onirico-nostalgique, et une scène entière en copié-collé – qui fait office de climax dans Your Name,

    quand les deux amoureux se retrouvent fugitivement dans un espace au-delà des limites physiques de la réalité (le cratère remplace la chambre d’hôpital, mais est-ce bien significatif ?).

Vous revivrez également la folle quête urbaine des deux soupirants sur fond de j-pop, calqué sur le superbe finish de 5cm per Second

(à la seule différence ici qu'ils se trouvent à la fin).

Sachant que ces deux scènes constituent deux des principaux moments de bravoure du film, il y a de quoi revoir son enthousiasme à la baisse – d'autant que ce n'est pas le seul écueil que le réalisateur ne sait pas éviter.

  • L'oeuvre emprunte son intrigue (jusque dans son virage tragique inattendu) à The Lake House, petite comédie romantique hollywoodienne guimauve-mais-pas-trop, sortie en 2006, avec Sandra Bullock et Keanu Reeves dans les rôles principaux. Une petite fable romantico-fantastique intimiste, aux plans soignés, dans laquelle deux inconnus entretiennent une liaison épistolaire fleur-bleue, avant de découvrir

    qu'ils vivent à deux ans de différence... et que l'un des deux est mort entre-temps. Cherchant dès lors comment transformer le drame en happy-ending.

    Il est toutefois plus probable que Makoto Shinkai se soit plutôt « inspiré » du film coréen d'origine, Il Mare, sorti courant 2000 – dans la mesure où la bande annonce nous présente les retrouvailles manquées des deux protagonistes sur le quai d'une gare

    (l'un ne reconnaissant pas l'autre, puisque ne le connaissant pas encore... exactement comme dans le présent film d'animation, qui pousse la cuistrerie jusqu'à en faire son pivot narratif)

.

  • Le film singe la dynamique et la structure de la Traversée du Temps, premier succès international de Mamoru Hosoda, mais de façon plus confuse et plus maladroite, l'humour y étant plus forcé et moins naturel – n'étant pas la tasse de thé du réalisateur (les blagues à la Dragon Ball première génération, ça fonctionne toujours, certes, mais c'est un peu daté). Quant aux personnages secondaires (si passionnants qu'on les devine), ils se trouvent réduits à faire de la figuration aux moments opportuns, apparaissant et disparaissant au gré des besoins du cinéaste, alors que le film d'Hosoda leur accordait une vraie belle place de bout en bout.

  • Le scénario, enfin, cumule les maladresses. Passé le twist de mi-parcours, l'alternance entre les deux points de vue s'égare en séquences tantôt trop courtes, tantôt trop longues, qui déséquilibrent la narration et en viennent à spoiler les rebondissements ultérieurs. Et que penser de l'indigeste superposition de développements fantastiques abracadabrantesques ?

    Là où le voyage dans le temps et les rêves auraient amplement suffi, Shinkai ajoute des échanges de corps (inutiles) et des histoires d'amnésies sélectives (artificielles), procédé grossier et particulièrement commode pour retarder une révélation que le spectateur aura senti venir dès les premières secondes du film.

Pour toutes ces raisons, mon petit Makoto, je te le dis tout net : il faut te re-nou-ve-ler. D'urgence.
Ou te trouver une petite copine, et passer à autre chose.
Car là, ça me peine de l'écrire mais tu tournes grave en rond.

Alors qu'Hosoda (ton concurrent direct au titre de "nouveau Miyazaki") arrive à se réinventer à chaque nouveau métrage, sans jamais sacrifier son identité créative, tout en s'offrant le luxe d'être (beaucoup) plus prolixe que toi, tu ne vas pas pouvoir tromper ton monde éternellement.

Ressaisis-toi, mon gars.

La Tour au-delà des Nuages était un chef d'oeuvre, en dépit de ses imperfections, car il transpirait la sincérité par tous les pores de sa pellicule numérique.

Your Name n'en est qu'une pale copie, plus impersonnelle et moins audacieuse, taillée pour parader au box-office.

Alors voilà, je te colle 5.

Pas parce que je ne t'ai pas compris, pas parce que je t'ai mal jugé.

Parce que, contrairement à ceux qui te gratifient du double, je sais que tu vaux infiniment mieux que ça.

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