Comme souvent, je choisis mes films en fonction de l'affiche, sans rien connaître du synopsis ou presque. Une vague interview captée du réalisateur. Sur celui-ci, j’arrive en terre inconnu.
Les road-movies ont souvent ce pouvoir de capter l’attention et d’embarquer l’empathie. On adhère aux quêtes des personnages par leurs actions, par ce qui leur échappe. Ici, la quête se révèle à travers des dialogues improvisés qui n’ont d’autre but que d’appuyer le Pathos. Sans pudeur.
Qu’est-ce que dit le scénario ?
- La scène n’a pas été écrite ! » Le réalisateur d’ajouter :
- On pose la caméra là, et on filme jusqu’à ce que je pleure.
- On refait la scène, mais à l’intérieur de l’église.
- On refait la scène, mais autour d’un feu de bois.
EXT. JOUR – TABLE DE PIQUE-NIQUE (Laisser la caméra tourner)
Mathias et Philippe se servent un verre, l’un du rosé, l’autre du whisky. Mathias raconte une anecdote sur son fils et pleure.
INT. JOUR – ÉGLISE (Laisser la caméra tourner)
Mathias fait une prière et pleure.
EXT. NUIT – FEU DE CAMP (Laisser la caméra tourner)
Mathias et Philippe se remémorent des souvenirs et pleurent.
Tout le long du film, une gêne me pénètre. Une sensation d’être pris en otage par un affect trop voyeur.
Et quand j’ai compris en sortant que c’était la véritable histoire de Mathias Mlekuz, j’ai mieux compris ce rejet.
La mise en scène du deuil est forcée, pesante, artificielle. Le pathos dégouline à chaque scène. Même les séquences censées apporter de la légèreté, comme celles du clown, tombent à plat.
On n’y croit pas.
Un film qui confond émotion et exhibition. À force de vouloir capturer l’instant brut, Mathias Mlekuz en oublie de le construire par une mise en scène inexistante. Peut-être que certains y verront une sincérité à fleur de peau. Peut-être que ce déballage cathartique parlera à d’autres. Mais en ce qui me concerne, j’ai eu l’impression d’assister à une longue séance de thérapie filmée, où l’on me demandait de ressentir sans jamais me laisser l’espace de le faire.